—J'ai pleuré, avouait la mère enceinte. Il ne remuait plus depuis la veille.
—Heureusement que cela va mieux, souriait sœur Agnès!
—Oui, heureusement!
Cela continua à aller mieux. Cela continua à aller si bien que sœur Agnès dut s'aliter dans sa cellule, seule, mourant d'une maladie mystérieuse, sans médecin pour hâter sa délivrance, pendant que la grossesse de l'autre était entourée d'attentions capitonnées.
Le couvent triomphait. Des sacristies-boudoirs, les dévotes colportaient le récit du miracle dans le monde. Des pèlerinages s'organisaient du faubourg à la rue Denfert.
Sœur Agnès, sentant sa fin prochaine,—l'enfant d'Adèle ne pouvait tarder à naître,—demanda à être transportée à la chapelle.
En compagnie des vierges lui souriant, elle demeure, depuis quinze jours, étendue sur une chaise longue dans le chœur doucement parfumé d'encens, silencieux et tiède comme une chambre d'accouchée.
Les yeux fixés sur la divine image de Jésus, elle attend, pâle, les yeux cernés, les membres alourdis. Chaque matin elle vit de Jésus. L'hostie est le seul viatique qui lui permet d'attendre la délivrance de la petite mariée.
La nuit, la lampe du Sacré-Cœur brille d'un éclat doux de veilleuse devant le tabernacle drapé d'une étoffe de soie dont les ors en fioritures s'éclairent faiblement, et elle sommeille en Dieu, paisible. Les chaînettes du luminaire dessinent des ombres d'anneaux gigantesques sur les murs de l'église. Les saints et les saintes font des gestes doux au gré des vacillations de la petite flammèche nageant sur l'huile bénite.
Quand elle s'éveille, elle prie, secouée de frissons, malgré l'amoncellement des flanelles, remuant les lèvres, par habitude, quand une faiblesse la renverse épuisée sur le mol entassement des coussins.