Silence d'un moment.

Floria.—Sûrement, avec les chevaux de poste que nous trouverons sur la route, nous pouvons être à Civita-Vecchia dans quatre heures!... Ah! Dieu! quand je verrai les côtes d'Italie s'effacer au loin! Quelle délivrance... (Silence.) Ah! je les entends marcher là-haut, sur la plate-forme... Ils s'arrêtent!... C'est le moment... Pourvu, maintenant, que l'on ne s'avise pas de réveiller l'autre, pour quelque affaire!... (Silence.) Eh bien, qu'est-ce qu'ils attendent?... Cela devrait être fait déjà!... Un retard peut tout perdre... Et puis, c'est odieux cette attente!... Cela serre le cœur... J'ai beau savoir que ce n'est qu'un jeu... la pensée qu'on va tirer sur lui!... Ah! mon Dieu! Mais allez donc, allez donc! Finissez donc!... (Détentions. Elle pousse un cri d'effroi involontaire.) Ah!... Je suis folle... C'est fait!... Allons, maintenant! Ah! son manteau que j'oubliais!

Elle prend le manteau et sort vivement par la gauche.

DEUXIEME TABLEAU

Plate-forme du château Saint-Ange, côté sud. Au fond, le parapet et les canons. Et, en perspective la ville, entre le colysée et le dôme de Saint-Pierre, éclairée par le soleil levant. Au premier plan, à gauche, un grand mur montant jusqu'aux frises. A droite, mur et grande échauguette qui sert de couronnement à un escalier praticable par où l'on vient de l'étage inférieur. Au deuxième plan, passage praticable entre l'échauguette et le parapet. Il fait à peine jour au lever du rideau, et la scène va s'éclairant de plus en plus.

Scène première

SPOLETTA, MARIO, Soldats, FLORIA

Mario est étendu, immobile, à gauche de la scène, en avant du grand mur. Les soldats sont à droite, au fond, entre le parapet et l'échauguette Spoletta, penché sur Mario, dont la tête est tournée du côté du mur. Un sergent, une lanterne à la main, attend.

Spoletta, après un temps, se relevant, aux soldats.—C'est inutile... Vous pouvez vous retirer.

Le sergent remonte et sort avec les hommes par la droite.