Eusèbe.—Cette fête-là n'est pas pour le charmer, puisqu'elle célèbre une nouvelle victoire de nos armes sur les troupes françaises.
Gennarino.—Quelle victoire?
Eusèbe.—Bon Dieu! se peut-il que tu n'aies pas entendu parler de la reddition de Gênes?
Gennarino.—Vaguement.
Eusèbe.—C'est-à-dire que le chevalier te laisse volontairement dans l'ignorance de nos triomphes... Sache, donc, enfant, que les Français sont battus sur tous les points, et que le général Masséna, enfermé dans Gênes, a dû capituler et céder la ville aux troupes de Sa Majesté Impériale.
Gennarino.—Ah!
Eusèbe, tirant un journal.—Voici d'ailleurs ce que dit la gazette!... Ecoute ceci, mon garçon, (il lit) Nous recevons de nouveaux détails sur la reddition de Gênes... Le général Masséna est sorti de la ville avec huit mille hommes seulement, plus ou moins éclopés et hors d'état de tenir la campagne. Le général Soult, prisonnier, est grièvement blessé. Les trois quarts des généraux, colonels, officiers français de tout grade, sont captifs comme lui ou blessés, ou morts. C'est un affreux désastre pour ces bandes indisciplinées qui s'intitulent effrontément l'armée française... Et ceci à la suite, (il lit.) Sa Majesté Napolitaine la reine Marie-Caroline, auguste fille de l'impératrice Marie-Thérèse, sœur de l'infortunée Marie-Antoinette, digne et glorieuse épouse de Sa Majesté Napolitaine-Ferdinand IV, notre victorieux protecteur, est venue tout exprès de Livourne où elle était de passage, allant à Vienne, pour donner, ce soir 17 juin, une grande fête au palais Farnèse, en l'honneur de cette victoire... Il y aura concert suivi de bal, avec illumination a giorno, sur la place Farnèse, et musique à tous les carrefours avoisinant le palais. On ne pourra regretter à cette solennité vraiment patriotique, que l'absence de Sa Majesté Ferdinand retenu à Naples par l'obligation d'y effacer les derniers vestiges de l'infâme République parthénopéenne. Ajoutons qu'aux dernières nouvelles, M. de Mêlas concentrait toutes ses troupes à Alexandrie. Avant peu, nous pourrons fêter une dernière et décisive victoire... Avec M. de Mêlas, Gennarino, cela n'est pas douteux... Il y a bien ce petit général Bonaparte qui serait, dit-on, à Milan; mais prendrais-tu ce général Bonaparte au sérieux, Gennarino?
Gennarino.—Moi, je ne sais pas: mais le patron, oh! oui!
Eusèbe.—Voilà encore de mon jacobin! Passe pour l'ancien Bonaparte, le vrai... Mais celui-là qui est faux...
Gennarino.—Faux?