Mario.—Ici, respirons et réjouissons-nous. Vous êtes en sûreté!

Angelotti.—Grâce à vous!

Mario.—Et traverser Rome, sous ce déguisement, sans attirer l'attention, même la nuit, ce n'était pas petite affaire!... Ceccho, gardien du logis, le plus fidèle des serviteurs, est aussi le plus habile des cuisiniers. Il va nous improviser un excellent souper. Après quoi, dispos et lucides, nous examinerons tranquillement la marche à suivre. (A Ceccho.) Ton fils est là?

Ceccho.—Oui, Excellence.

Mario.—Dis-lui de fermer avec soin toutes les portes et d'avoir l'œil au guet.

Ceccho sort.


Scène II

MARIO, ANGELOTTI

Mario.—Nous sommes ici, mon cher hôte, comme vous l'avez pu voir à la clarté de la lune, entre les Thermes de Caracalla et le mausolée des Scipions. Le séjour est bien un peu mélancolique. Ce n'est, autour de nous, que ruines et tombeaux, tous les débris de la Rome antique; un désert poudreux, avec quelques oasis de cultures maraîchères... Mais cette tristesse même n'est pas sans charmes. J'aime cette solitude peuplée de grands souvenirs, où je n'entends que les abois des chiens de garde, le roulement des charrettes lointaines, les cloches voisines de Saint-Sixte et Saint-Jean, et les rumeurs étouffées de la Rome vivante qui parlent moins à ma pensée que le silence de la morte.