JEANNE.
Non! allez-vous-en!
GASTON.
Vous ne m'entendrez pas! vous ne me verrez pas!... je glisserai autour de vous, comme le souffle du vent! Je vous regarderai comme le rayon à travers les branches, et vous ne serez même pas obligée de savoir qu'il y a là quelqu'un que la douceur de votre présence enivre, et qui ne vit plus que pour vous et par vous!...
JEANNE.
Non! allez-vous-en!
GASTON.
Ah! vous ne me croyez pas!... mais sur ce qu'il y a de sacré au monde, ce que je dis est vrai. Il est vrai que je vous aime! comme il est vrai que, si vous me repoussez, j'en meurs!
JEANNE.
Eh bien, franchise pour franchise! Vous m'avez dit qui vous étiez!... Je vous dirai qui je suis, moi; car vous ne me connaissez pas! Vous me croyez bonne, et vous parlez de ma douceur... Regardez-moi donc; vous ne m'avez donc pas regardée, et vous n'avez donc pas su lire toute mon âme dans mes yeux: il faut donc vous le dire, que je suis effroyablement despote, jalouse et violonte!... Vous parlez de vos passions!... Et les miennes!... Croyez-vous que l'on n'aie pas aussi ses colères, ses révoltes, son petit orgueil féroce, et ses jalousies à tout tuer!... Si j'avais la faiblesse de croire à votre amour, sur le fol espoir de vous sauver de vous-même!... mais avant trois mois, ou vous seriez bien changé, ou mes Diables noirs auraient dévoré les vôtres!... Et si jamais j'étais trahie à mon tour, si vous marchiez sur ma vie comme sur celles de toutes ces femmes que l'on prend, que l'on quitte et qui ne savent que pleurer! ah! ce jour-là... je... je ne sais ce que je ferais... mais il ne serait plus question de ma douceur!