ROLAND.
Ah! mes enfants! toujours la même!... ce malheureux embonpoint! (Reprenant.) Le jour où je reconnus avec horreur comme trop étroit un gilet trop large la veille; je me dis: Roland, mon ami, assez chassé; voici le froid, la neige n'est pas loin! Rentre les chiens et ne va pas gagner des rhumatismes à courir plus longtemps la perdrix. Le rôti domestique a son bon côté! Et une légère atteinte de goutte venant à propos souligner cette réflexion, je me laissai marier avec une riche héritière étrangère, jolie, blonde, svelte, en ce temps-là!... et qui m'était du reste parfaitement indifférente, comme doit l'être toute femme que l'on destine à l'honneur de rappeler au logis les vertus patriarcales des matrones romaines... (Protestation de Gaston et de Profilet.) Oh! mes chérubins, si papa Ferragus n'a plus le droit de dire des énormités, je reprends ma bougie, je vais me coucher, et vous ne me revoyez plus!
GASTON.
Non, non, continue!
ROLAND, ramené à l'avant-scène.
Quand il fallut dire oui! mes chers enfants du bon Dieu, je sentis toutes les affres de la mort. Pourtant je dis (lugubrement): Oui!... avec cette gaieté-là. Je passe la noce!... (Avec épouvante.) Je passe la noce, qui se fit aux frais du beau-père! Un dîner, mes enfants!... Et des vins!... (Il va tomber sur la table d'un air désolé en cognant dessus avec le poing.) Un château-Iquem entre autres, un château-Iquem 53... si on a jamais entendu parler d'un château-Iquem 53.
GASTON, allant à lui.
Pauvre garçon!...
ROLAND, assis sur la table.
Ne te marie jamais, cher enfant! Le repas de noce est l'emblème de tout ce qui va suivre. Le potage froid, les glaces chaudes, le café tiède, c'est tout le mariage!—Ma femme est une Américaine, mais élevée à Paris heureusement. Mon beau-père, arrivé de l'Ohio pour la cérémonie, est un quaker réformé... Ne cherchez pas... une chose dont vous ne pouvez pas vous faire une idée juste, ni lui non plus!