—Vous vous faites payer trop cher ces prétendus services, pour avoir le droit de les rappeler, interrompit Laure avec amertume... Et encore, ajouta-t-elle. Dieu seul sait...
Elle n'acheva pas.
—Dieu seul sait, continua Lapierre avec componction, que je poursuis auprès de la fille l'oeuvre commencée avec le père...
—Vous ne croyez pas dire si vrai! murmura la jeune créole.
—Dieu seul sait, reprit sans s'émouvoir l'ex-fournisseur, que mon mariage avec vous n'a toujours été, dans ma pensée, qu'un premier pas vers la grande oeuvre de réparation que j'ai promis solennellement d'accomplir au chevet du colonel Privat mourant. Cette dot que vous me reprochez; si injustement de convoiter, savez-vous, jeune fille, à quoi elle est destinée?
—Je le sais que trop.
—Vous ne le savez pas du tout, au contraire.
Eh bien! je vais vous le dire. Votre dot, mademoiselle—environ deux cent mille piastres—passera presque toute entière à restituer les sommes subrepticement empruntées par votre père à la caisse de l'armée; cette misérable fortune devant laquelle vous m'accusez de ramper, je m'en dessaisirai aussitôt, après notre mariage pour la rendre à qui elle appartient, pour enlever de la croix d'honneur de mon malheureux ami, le colonel Privat, la tache d'ignominie qui la souille...
—Voilà, mademoiselle, la mine que j'exploite; voilà l'industrie que je pratique!
Et Lapierre, en prononçant ces mots, avait un accent si irrésistible de noble franchise, que la pauvre Laure abaissa lentement sa paupière brûlante, et qu'une soudaine réflexion traversa son cerveau endolori: