Le temps, qui sèche bien des larmes, venait à peine de tarir la source de celles versées par cette famille éprouvée, qu'une nouvelle calamité s'abattit sur elle et que les pleurs reparurent.

Madame Gaboury, minée par le chagrin et la maladie, succomba six mois après avoir quitté s'a place natale.

Ce fut un grand deuil.

Louise, surtout, pensa ne s'en consoler jamais. La malheureuse jeune fille s'imagina, non sans une apparence de raison, qu'elle était pour beaucoup dans ce fatal événement, et cette funeste conviction s'enracina tellement dans son esprit, qu'elle y étendit un sombre voile de mélancolie, que la main bienfaisante du temps ne put jamais déchirer complètement.

Puis vinrent les difficultés pécuniaires, inséparables de toute situation de ce genre, Georges entra à l'Université, et les revenus se trouvèrent insuffisants pour un tel surcroît de dépense...

Le père Gaboury, encore alerte pour son âge, paya bravement de sa personne, en se faisant petit employé d'une maison de commerce.

Quant à Louise, heureuse en quelque sorte de réparer ses torts involontaires envers sa famille, elle se mit résolument à l'oeuvre et devint une ouvrière en broderie des plus courues.

L'aube la trouvait debout, et la nuit la surprenait courbée sur son travail.

Grâce à ces deux énergies et à ces deux dévouements, Georges put continuer, insoucieux, ses études médicales.

On masqua si bien de prétextes ingénieux ces sacrifices nécessaires, que l'enfant ne fit que soupçonner la vérité, sans jamais la découvrir toute entière.