Cinq minutes après, l'espion était à son poste, à dix pas tout au plus de son ancien rival et complètement abrité par les enchevêtrements du feuillage.
Il était temps. Laure arrivait, escorté de son frère, et le sinistre fiancé de la belle créole put constater que ses dispositions les plus mauvaises allaient se réaliser.
Il eut un moment de terreur et de rage. L'épouvante lui fit perdre la tête, et, une seconde fois, canon de son revolver se trouva dirigé vers la de Després.
Pourtant, le misérable se contint encore....
—Bah! se dit-il, en abaissant son arme, il sera toujours temps... Et puis, je ne serais pas fâché de savoir au juste ce que pense et connaît de moi mon ancien rival.
Pendant ce monologue de Lapierre, les compliments d'usage s'étaient échangés entre le Roi des Étudiants et la jeune créole; Edmond avait présenté son ami sous le nom de Gustave Després, puis s'était retiré à l'écart, comme l'on sait.
—Tiens, se dit l'espion dans sa cachette, il paraît que mon ami Lenoir a changé de nom... Voilà donc pourquoi j'avais perdu complètement sa trace...
Et il se mit en position de ne pas perdre une seule des paroles de l'intéressant couple.
Cependant, la conversation avait fait du chemin... Després en était à raconter, avec les couleurs les plus saisissantes, les événements de Saint-Monat: l'enlèvement de Louise, le duel nocturne sur l'îlot, la dénonciation, le procès, la condamnation, puis enfin l'échec de Lapierre et ses ignobles calomnies...
L'espion écoutait, anxieux, inquiet, la poitrine serrée...