—Non pas, répliqua vivement Louise, c'est chez nous qu'il faut l'emmener. Je serai sa garde-malade, et peut-être...

—Au fait, tu as raison, ma soeur, et je ne suis qu'une grue de n'avoir pas songé à cela. Gustave sera tellement dorloté et médicamenté chez le père Gaboury, qu'il reviendra à la santé malgré lui... Mais, ajouta-t-il en remettant son chapeau sur sa tête, je suis ici à dire des fariboles, tandis que je devrais galoper à la recherche d'une voiture. Attends-moi: je ne serai pas longtemps.

Et le petit étudiant partit comme un trait, bondit par-dessus la haie avec l'agilité d'un acrobate, prit sa course dans la direction de Québec, et disparut finalement à un coude du chemin.

Louise resta donc seule, en face du moribond.

La nuit tombait: l'obscurité envahissait le parc et la clarté rougeâtre qui estompait le couchant faisait ressortir davantage les teintes sombres de la forêt.

Aucun bruit ne s'élevait de la route de la Canardière; seules, les grenouilles, croassant dans les flaques d'eau, faisaient entendre leur monotone trémolo, auquel répondait d'une façon sinistre la respiration comateuse du blessé.

Louise eut peur...

Quoique éveillée, elle eut un singulier cauchemar.

Il lui sembla que le corps de Després se redressait lentement et se remettait sur ses pieds, avec des mouvements d'automate; les yeux du malheureux se changeaient en charbons ardents; sa blessure se rouvrait et laissait couler un flot de sang lumineux; puis, enfin, une voix sépulcrale se faisait entendre, qui disait: «Tu vois, Louise, cette horrible blessure: elle va me tuer; mais ce n'est rien en comparaison de celle que tu fis à mon coeur, il y a sept ans... Je me meurs depuis ce jour, Louise: adieu!...» Et le corps retombait lourdement en travers du sentier durci...

A cette horrible vision, la pauvre jeune, fille sentit une sueur glacée inonder ses tempes, et elle ne put que se laisser choir sûr ses genoux, en voilant sa figure de ses mains tremblantes.