—Bien. Et doivent-ils revenir?

—Ils ont dit qu'ils repasseraient dans le cours de la soirée.

—C'est bon. Vous les conduirez dans mon cabinet privé—vous savez... celui du fond. En attendant, donnez-moi vite à souper, car je meure de faim.

Pendant ce dialogue, les deux interlocuteurs avaient, monté un escalier et s'étaient rendus dans un élégant salon du second étage, où Lapierre se laissa tomber sur un large fauteuil, en attendant que la table fût dressée dans la salle à manger, située en arrière.

Là, douillettement assis sur le crin élastique et reposant ses membres courbaturés par une course de plusieurs heures, le sinistre personnage se prît à réfléchir.

La journée avait été fertile en émotions, et la succession rapide des événements qui s'y étaient déroulés n'avait pas permis à Lapierre de les peser mûrement. Il était donc bien aise de se trouver enfin seul avec ses pensées, afin d'y mettre un peu d'ordre et de tirer les conclusions qui devaient en découler.

Une demi-heure se passa ainsi à tourner et à retourner tous les incidents de ce jour mémorable, à les analyser, à les disséquer, à en rechercher les causes, à en prévoir les conséquences.

Lapierre ne bougeait pas plus qu'un terme, et la voix de Madeleine, annonçant à plusieurs reprises que le souper était servi, n'avait pas même le privilège d'arriver jusqu'à l'entendement du maître.

Enfin, celui-ci parut sortir de sa torpeur, redescendre des nuages. Il passa la main sur son front et murmura, en forme de conclusion:

—En somme, la journée n'a pas été aussi mauvaise que j'aurais pu m'y attendre... Louise ne parlera pas, et, Lenoir alias Després ne parlera plus. Cette idée de faire servir la masure de la mère Friponne à mes petits projets n'est pas trop mal trouvée, et je ne regrette pas mon voyage d'avant-hier, ni ma rencontre avec les deux compères qui vont venir tout à l'heure. On n'a jamais trop de connaissances... Allons, ne nous laissons pas aller au découragement et mangeons de bon appétit.