—Précisément, chère cousine. M. Joseph Lapierre est l'homme chez qui le nom de Gustave éveillerait de terribles souvenirs et qui préférerait voir le diable en personne arriver ici ce soir ou demain matin, que d'apercevoir tout-à-coup Gustave Després, au seuil du grand salon.
—Vous en êtes sûr?
—Aussi sûr que je le suis d'avoir près de moi une malheureuse jeune fille glissant sur la pente de la perdition.
Laure eut un véritable frisson. Elle crispa sa main sur le bras de son cousin et lui dit d'une voix altérée:
—Paul, Paul, ce que vous affirmez là est grave, et vous me devez une explication.
Champfort se taisait..
—Il le faut, vous dis-je, insista la jeune créole, en le regardant fixement. Pourquoi suis-je en voie de me perdre et comment le nom de M. Gustave Després se trouve-t-il mêlé aux affaires de mon fiancé?
—A quoi bon! murmura le jeune homme, sur la point de céder.
—A quoi bon?... Vous me le demandez?... Mais, apparemment, à me sauver de l'abîme où je glisse, d'après vous.
—Eh bien! vous l'aurez, cette explication, répondit Champfort résolument. Elle sera courte, mais claire. Vous voulez savoir pourquoi Gustave Després, s'il apparaissait tout-à-coup à la Folie-Privat, produirait sur votre fiancé l'effet de la tête de Méduse?... Je vais vous le dire. C'est que Després possède la preuve que Lapierre est un misérable, absolument indigne d'aspirer à votre main. Bien, plus, ma pauvre Laure, ce même Després pourrait établir qu'un ruisseau de sang sépare les deux personnes qui vont unir demain leur destinée, et que votre mariage serait l'alliance monstrueuse du loup et de la brebis.