«La guerre civile, qui se déchaînait alors avec fureur dans plusieurs États de l'Union, ne se traduisait encore en Louisiane que par des mouvements de troupes et une agitation formidable. Mais, tout en enflammant nos jeunes coeurs d'un noble amour pour la cause du Sud, elle ne troublait pas autrement notre paisible existence.
«Sur ces entrefaites, mon oncle, qui était colonel, partit avec son régiment pour rejoindre l'armée. Ce fut notre premier chagrin. Mais, comme il nous déclara qu'il pourrait venir de temps en temps à l'habitation, nous nous consolâmes assez vite de ce contretemps.
«Ainsi qu'il l'avait dit, mon oncle revint un mois après son départ. Il était accompagné d'un jeune homme du nom de Lapierre...
—Hein! Lapierre? interrompit le Caboulot.
—Oui, Lapierre. Ce nom est-il connu?
—Peut-être... Mais il y a tant de personnes qui s'appellent ainsi. Continue.
—Je disais donc que le colonel était accompagné d'un jeune homme du nom de Lapierre, qui se disait de Québec et dont ma tante avait, en effet, connu la famille, lorsqu'elle-même y demeurait. Mon oncle s'était pris d'une véritable amitié pour ce Lapierre, et il en avait fait son compagnon inséparable.
Comment cet étranger était-il parvenu à s'insinuer ainsi dans les bonnes grâces du colonel? quels services lui avait-il rendus?... je l'ignore encore.
—Moi, je le sais! interrompit Després. Lapierre courait alors d'une armée à l'autre pour spéculer sur les navires. Un jour, il guida le régiment du colonel Privat dans une marche nocturne qui amena la capture d'un convoi ennemi.
Telle est l'origine de sa faveur auprès de la famille Privat.