Que faire?...

Fallait-il terminer la campagne par un coup de foudre, en dénonçant Lapierre aux autorités de police et le faisant arrêter dans son propre domicile?

Gustave en eut un instant la pensée, mais il la rejeta aussitôt. Sa loyauté native se prêtait mal à de semblables moyens, et il chercha autre chose.

Ne valait-il pas mieux faire le mort et laisser l'ennemi s'endormir dans une trompeuse sécurité, pour tomber sur lui au moment où il croirait la victoire assurée?

C'était de bonne guerre, et c'est à ce dernier moyen que s'arrêta l'étudiant. Il attendrait, pour se rendre à la Canardière, que la nuit fût venue, et il ne ferait que passer chez lui—le temps de prendre un certain portefeuille où était soigneusement enfermé le dossier de l'ex-fournisseur des armées américaines.

Malheureusement, Després comptait sans maître Passe-Partout, qui, nonchalamment étendu sur le talus du rempart, le guettait par une embrasure. Or, ce digne garçon, relevé de sa garde auprès du Caboulot, s'était installé dès le matin en face de la maison Gaboury et ne l'avait pas un seul instant perdue de vue.

Une si belle persévérance ne devait pas rester infructueuse. Passe-Partout vit, à un certain remue-ménage dans la chambre du malade, que quelque chose d'inaccoutumé se passait. Il redoubla d'attention, dilatant ses prunelles pour essayer de percer l'épais rideau de mousseline qui masquait la fenêtre. Mais, en dépit de toute la bonne volonté du monde, l'excellent garçon ne put que constater le passage fréquent de deux ombres derrière le malencontreux rideau.

Un autre se fût découragé.

Passe-Partout, lui, ne fit que se piquer au jeu.

Enfin, vers six heures du soir. Argus—le dieu des espions—eut pitié de son disciple. La fenêtre s'ouvrit toute grande et Després se pencha hors de l'appui pour inspecter la rue.