—J'affirme, madame, reprit Després avec force, que l'homme qui aspire à la main de mademoiselle Laure est l'assassin du colonel Privat.
—L'assassin de mon mari?
—Oui, madame... à moins que celui qui organise le meurtre soit moins coupable que l'instrument qui l'exécute.
—Je ne comprends rien à tout cela, monsieur... Le colonel Privat a été tué à la tête de soir régiment, comme un brave officier qu'il était: voilà ce que je sais.
—C'est vrai, madame; mais une chose que vous ignorez, c'est qu'il a été attiré dans un guet-apens par un lâche espion qui se disait son ami.
—Attiré dans un guet-apens?... trahi par un ami?... Oh! monsieur, quel abîme de malheur et de honte vous nous ouvrez là!
—Madame, répondit Després avec une tristesse grave, soyez persuadée que si le bonheur de votre chère fille n'était pas en jeu, je me refuserais à soulever le sombre voile qui cache toutes ces turpitudes je vous laisserais dans votre bienheureuse ignorance de ces événements ténébreux... Mais mon devoir est là qui me pousse, et, d'ailleurs, la Providence m'a chargé de punir un grand criminel; je ne faillirai pas à cette tâche.
—Monsieur aurait dû pénétrer dans cette enceinte en costume de grand justicier du Moyen-Age et escorté du bourreau et de ses aides, fit entendre la voix narquoise de Lapierre.
—Misérable! tonna Després, oses-tu bien parler de bourreau, toi qui as fait assassiner le père de ta fiancée; toi qui as essayé de me tuer lâchement, il n'y a pas plus de quatre jours; toi, enfin, qui viens d'enlever à leur vieux père une jeune fille et un enfant?... Ah! le bourreau, il ne se dérange pas pour toi, car il sait fort bien que tu iras fatalement à lui avant qu'il soit longtemps.
Un violent tumulte suivit cette sortie. Tout le monde se leva, et la curiosité fit que chacun se porta en avant. Lapierre, lui, sauta par-dessus la table qui le séparait de son audacieux adversaire, et alla se heurter entre les bras tendus de Champfort et du jeune Edmond, accourus pour protéger Després.