«Je la quittai à regret vers le soir, après lui avoir promis de revenir le lendemain et les jours suivants.

«Pendant plus d'un mois, je vécus ainsi, traversant chaque jour le fleuve en canot et ne revenant sur la rive droite qu'à la nuit.

«Quel heureux temps! quelles heures délicieuses! Louise et moi, nous n'étions plus seulement des amis inséparables: nous étions des amants. Je l'adorais; elle raffolait de moi. Je trouvais longue la nuit qui nous séparait; elle épiait avec anxiété, aux premières heures du matin, le retour de mon léger canot bondissant sur la lame ou glissant comme une flèche sur le fleuve endormi.

«Oh! oui, le beau, le bon temps!

—C'est à cette époque—c'est-à-dire vers la fin du mois de juillet—qu'arriva à Saint-Monat un jeune homme du nom de Lapierre. Il venait de Québec, où il étudiait le droit, et comptait passer un mois ou deux de villégiature chez un de ses oncles, le voisin et l'ami de mon père.

«C'était un fort joli garçon, altéré de mouvement, passionné pour la chasse, amoureux des plaisirs champêtres. Je l'avais un peu connu autrefois, pendant mon séjour à Québec. Aussi, malgré sa mobilité d'esprit et son caractère à plusieurs faces, fûmes-nous bien vite liés d'amitié.

«Je ne faisais pas une excursion qu'il n'en fut; je n'avais pas une relation, une connaissance dans les environs que je ne lui fisse partager. Bref, nous étions, au bout de quelques jours, la plus belle paire d'amis qui se soit vue depuis Oreste et Pylade.

«Pour sceller à jamais une si étroite intelligence, la Providence mit un jour en grand danger la précieuse existence de Pylade-Lapierre, dans une circonstance où nous traversions la rivière à la nage: en fidèle Oreste, je le sauvai au péril de ma vie.

«Cette bonne action me valut l'éternelle reconnaissance du loyal jeune homme.

«Vous allez voir comment il me la prouva.