«La nuit vint, sombre, silencieuse—une vrai nuit de contrebandier, de bandit. Je distinguais à peine les deux rives du fleuve; et si quelques maigres rayons d'étoiles n'eussent percé l'obscurité compacte, il m'aurait été bien difficile de constater le départ du coquin.

«Heureusement, mes yeux s'y firent à la longue, et, vers dix heures environ, je pus y voir le canot de Lapierre se dessiner sur le fleuve comme une ombre légère et glisser rapidement vers l'îlot.

«Arrivé à la pointe sud, au lieu de passer outre, comme je m'y attendais, le canot vint s'y ensabler, et l'homme qui le montait sauta à terre et alla déposer, non loin de là, derrière un rocher, quelque chose qui me parut être un paquet de hardes.

«Avant, que je fusse revenu de mon étonnement, le canotier avait rejoint son embarcation et nageait ferme dans la direction de la rive gauche.

«Je lui laissai prendre un peu d'avance, puis, à mon tour, je sautai dans mon canot et m'élançai silencieusement sur ses traces.

«Après une dizaine de minutes de cette chasse nocturne, j'abordais dans ma petite crique de la veille et je me glissais sans bruit jusqu'à mon poste d'observation de la nuit précédente.

«Lapierre était déjà rendu près de la maison. Je vis sa silhouette qui s'estompait faiblement sur le mur blanchi à la chaux.

«Tout semblait sommeiller dans la maison. Aucune lumière ne brillait aux fenêtres. Le monotone trémolo des grenouilles dans les ajoncs du rivage interrompit seul le silence pesant de la nuit.

«Tout à coup, j'entendis crier les gonds d'une porte qui s'ouvrait; puis des pas légers se firent entendre, et Louise, en costume de voyage parut auprès de Lapierre.

—Enfin, vous voilà! fit le coquin.