Dans les conditions d'isolement où se trouvaient les deux seules familles habitant la baie de Kécarpoui, on ne pouvait naturellement, songer à la grande chasse en goélette, à travers les banquises flottantes,—comme la font les Acadiens, les meilleurs marins du golfe.
Il faut, en effet, non seulement de bons vaisseaux blindés avec de forts madriers de bois dur pour résister à la pression des glaces en mouvement, mais encore un équipage d'une dizaine d'hommes pour la manoeuvre, la tuerie et le dépeçage, quand on veut faire la chasse en grand.
A Kécarpoui, on dut se contenter d'observer les points extrêmes de la baie, et surtout l'Îlot du Large, autour duquel une batture assez étendue se consolidait tous les hivers.
Les Labarou, connaissant depuis de longues années les habitudes locales de la faune de cette région, savaient fort bien que les loups-marins avaient fait de la Sentinelle un endroit de villégiature fort achalandé.
Aussi les peaux et l'huile de ces utiles animaux avaient-elles toujours contribué, pour une bonne part, au bien-être relatif dont ils jouissaient.
On se tenait donc aux aguets, des deux côtés de la baie, lorsqu'un matin de la première quinzaine d'avril, Wapwi annonça avec une certaine excitation:
—Loups-Marins!
—Où cela? demanda Jean Labarou.
—Autour de l'Îlot.
—Beaucoup?