Le vieil Abénaki avait l'air désolé, le regard morne.

A l'enfant qui demandait sa mère, il montra les flots déchaînés.

L'enfant comprit, et un grand déchirement se fit dans sa poitrine....

En évoquant ce souvenir, le pauvre petit Wapwi, les yeux dilatés, semblait revoir la scène terrible qui le rendit orphelin.

Il se tut et demeura rêveur, le front penché.

Les deux cousins respectaient cette émotion filiale.

Mais l'enfant releva bientôt la tête et se hâta do terminer son récit,—heureux probablement de se débarrasser de souvenirs pénibles.

Au reste, l'année qui suivit la mort de sa mère ne fut marquée par aucun incident extraordinaire, à part de continuels déplacements qui amenèrent finalement le père et le fils sur la côte du Labrador, où ils furent accueillis par un campement de Micmacs....

C'est là,—à quelques milles de l'endroit où avaient atterri les deux Français,—que vécurent depuis les fugitifs; là aussi que le père se remaria a une grande diablesse de veuve Micmaque, qui lui fit la vie dure et battait le pauvre petit Abénaki comme plâtre.

Il était bien heureux d'être débarrassé de cette méchante femme et ne demandait qu'à vivre dorénavant avec ses nouveaux amis blancs....