Mais l'ensemble de la figure respirait plutôt l'énergie que la grâce.
La grâce; lumière ou vernis, qui est à la figure humaine ce qu'une bonne exposition est au tableau,—voilà ce qui réellement lui manquait.
Enfin,—pour achever de brosser cette esquisse en deux tours de main,—bien qu'elle fût, en réalité, une jolie fille, Euphémie Labarou manquait complètement de séduction féminine, d'attirance, comme disent les bonnes gens.
D'ailleurs, la suite de ce récit vous montrera qu'elle était fort tyrannique en amour.
Le cousin Gaspard, sur qui elle avait jeté son dévolu, en savait quelque chose, probablement plus qu'il n'en eût voulu dire.
Mais, outre ce défaut moral,—si toutefois c'en est bien un,—Euphémie Labarou avait une imperfection physique très apparente, du moins quand elle se tenait debout: elle n'avait pas de jambes.... ou si peu!
Ce buste parfait, de longueur normale jusqu'aux hanches, était supporté par des jambes si courtes, qu'en dépit de ses robes longues, la pauvre «Mimie», lorsqu'elle marchait, avait l'allure disgracieuse et pesante d'une oie grasse.
Aussi ne sortait-elle guère et, comme toutes les personnes sédentaires, aimait-elle fort à caqueter!
D'où il suit qu'elle était à la fois joliment bavarde et passablement hargneuse dans ses appréciations.
Pour le quart-d'heure elle s'employait à «déshabiller» de la belle façon sa voisine de l'autre côté de la baie, Suzanne Noël,—qu'elle n'avait pas même entrevue, du reste.