Voici la même inscription avec les mots séparés, et les lettres restituées par les personnes que j'ai consultées, et la traduction qu'ils en ont faite.
ΥΠΕΡ ΑΥΤΟΚΡΑΤΟΡΟΣ ΚΑΙΣΑΡΟΣ ΘΕΟΥ ΥΙΟΥ ΔΙΟΣ ΕΛΕΥΘΕΡΙΟΥ ΣΩΤΗΡΙΑΣ ΡΟΤ ΕΠΙ
ΠΟΠΛΙΟΥ ΟΚΤΑΟΥΙΟΥ ΗΓΕΜΟΝΟΣ ΚΑΙ.
ΜΑΡΚΟΥ ΚΓΩΔΙΟΥ ΠΟΣΤΟΥΜΟΥ ΕΠΙΣΤΡΑΤΗΓΟΥ ΤΡΥΦΩΝΟΣ ΣΤΡΑΤΗΓΟΥΝΤΟΣ
ΟΙ ΑΠΟ ΤΗΣ ΜΗΤΡΟΠΟΛΕΩΣ.
ΙΕΡΩΣΑΝ ΕΚ ΝΟΜΟΥ ΤΟ ΠΡΟΠΥΛΟΝ ΙΣΙΔΙ ΘΕΑΙ ΜΕΓΙΣΤΗΙ ΚΑΙ ΤΟΙΣ ΣΥΝΝΑΟΙΣ
ΘΕΟΙΣ ΕΤΟΥΣ ΛΑ ΚΑΙΣΑΡΟΣ ΘΩΥΘ ΣΕΒΑΣΤΗΙ.
POUR LA CONSERVATION DE L'EMPEREUR CÉSAR, DIEU, FILS DE JUPITER
AUTEUR DE NOTRE LIBERTÉ;
LORSQUE, PUBLIUS OCTAVIUS ÉTANT GOUVERNEUR, MARCUS CLAUDIUS
POSTHUMUS COMMANDANT GÉNÉRAL
ET TRYPHON, COMMANDANT PARTICULIER DES TROUPES, LES ENVOYÉS DE
LA MÉTROPOLE CONSACRÈRENT,
EN VERTU D'UNE LOI, LE PROPYLÉE ISIS, TRÈS GRANDE DÉESSE, ET AUX
DIEUX HONORÉS DANS CE MÊME TEMPLE: EN L'AN XXXI DE
CÉSAR, LE COLLÈGE DES PRÊTRES À L'IMPÉRATRICE.
Il y a une autre inscription sur le listel de la corniche du grand temple, mais je n'ai jamais pu en distinguer assez bien les caractères pour pouvoir les copier; ce peu de caractères Grecs au milieu de ces innombrables inscriptions Égyptiennes paraît extraordinaire et contrastant.
Keft ou Copthos.
Quelques jours après mon retour de Tintyra on envoya la cavalerie au-devant d'un payeur qui rapportait sa caisse d'Esné; j'en profitai pour aller visiter Keft ou Copthos, devant lequel j'avais passé trois fois sans qu'il m'eût été possible de le traverser ni même d'en approcher. J'ignorais si cette ville, célèbre par ses malheurs au temps des persécutions de Dioclétien, possédait quelques vestiges d'une existence plus antique. Je fus frappé, en y entrant, de la conservation de ses divers monuments: la partie antique est encore dans l'état où l'a laissée l'embrasement qui termina le long siège qui la détruisit dans le troisième siècle; à cette antique enceinte, qui a été abandonnée, a succédé une ville Arabe, avec une circonvallation en brique non cuite, au-delà de laquelle, tirant toujours à l'ouest, on a bâti Keft, village existant encore. Copthos était-il le nom antique de cette ville? et les Copthes ont-ils pris leur nom de Copthos où leur zèle les avait rassemblés, et leur avait fait soutenir un siège si opiniâtre et si désastreux lors de la persécution de Dioclétien? Au reste on distingue évidemment les différentes ruines de deux temples de la haute antiquité, et ceux d'une église catholique, où le goût et l'art se faisaient sans doute moins remarquer que la magnificence et la richesse des matériaux employés à la construire: les fragments de colonnes et de pilastres en porphyre et en granit répandus sur un emplacement immense attestent l'opulence et le luxe de ces premiers croyants; mais les sculptures des frises doriques, dont on voit encore quelques restes, prouvent que l'art à cette époque ne faisait qu'appauvrir la somptuosité des matières les plus précieuses; tous ces monuments, réduits à quelques assises au-dessus du sol, restent sans forme, et ne purent me fournir un dessin.
Le Kamsin.
J'avais souvent ouï parler du kamsin, que l'on peut nommer l'ouragan de l'Égypte et du désert; il est aussi terrible par le spectacle qu'il présente que par ses résultats. Nous étions déjà à peu près à la moitié de la saison où il se manifeste, lorsque, le 18 Mai au soir, je me sentis comme anéanti par une chaleur étouffante; la fluctuation de l'air me paraissait suspendue. Au moment où j'allais me baigner pour remédier à cette sensation pénible, je fus frappé, à mon arrivée sur le bord du Nil, du spectacle d'une nature nouvelle: c'étaient une lumière et des couleurs que je n'avais point encore vues; le soleil, sans être caché, avait perdu ses rayons; plus terne que la lune, il ne donnait qu'un jour blanc et sans ombre; l'eau ne réfléchissait plus ses rayons et paraissait troublée: tout avait changé d'aspect; c'était la plage qui était lumineuse; l'air était terne et semblait opaque; un horizon jaune faisait paraître les arbres d'un bleu décoloré; des bandes d'oiseaux volaient devant le nuage; les animaux effrayés erraient dans la campagne, et les habitants, qui les suivaient en criant, ne pouvaient les rassembler: le vent qui avait élevé cette masse immense, et qui la faisait avancer, n'était pas encore arrivé jusqu'à nous nous crûmes qu'en nous mettant dans l'eau, qui était calme alors, ce serait un moyen de prévenir les effets de cette masse de poussière qui nous arrivait du sud-ouest; mais à peine fûmes nous entrés dans le fleuve qu'il se gonfla tout à coup comme s'il eût voulu sortir de son lit, les ondes passaient sur nos têtes, le fond était remué sous nos pieds, nos habits fuyaient avec le rivage, qui semblait être emporté par le tourbillon qui nous avait atteints: nous fûmes obligés de sortir de l'eau; alors nos corps mouillés et fouettés par la poussière, furent bientôt enduits d'une boue noire qui ne nous permit plus de mettre nos vêtements; éclairés seulement par une lueur roussâtre et sombre, les yeux déchirés, le nez obstrué, notre gorge ne pouvait suffire à humecter ce que la respiration nous faisait absorber de poussière; nous nous perdîmes les uns les autres, nous perdîmes notre route, et nous n'arrivâmes au logis qu'à tâtons, et seulement dirigés par les murs qui servaient à nous retracer le chemin: c'est dans ces moments que nous sentîmes vivement quel devait être le malheur de ceux qui sont surpris dans le désert par un pareil phénomène; j'ai essayé d'en donner l'image.