Avec cette façon de penser, je passe ma vieillesse tranquillement; je tache de me procurer toutes les brochures du neveu de l'abbé Bazin; il n'y a que ses ouvrages qu'on puisse lire.
Je lui souhaite longue vie, santé et contentement; et quoi qu'il ait dit, je l'aime toujours. Fédéric.
DE M. DE VOLTAIRE
À Ferney, le 9 décembre 1769.
Quand Thalestris, que le Nord admira,
Rendit visite à ce vainqueur d'Arbelle,
Il lui donna bals, ballets, opéra,
Et fit, de plus, de jolis vers pour elle.
Tous deux avaient infiniment d'esprit:
C'était, dit-on, plaisir de les entendre.
On avouait que Jupiter ne fit
Des Thalestris que du temps d'Alexandre.
DU ROI
À Berlin, le 4 janvier 1770.
...Quand vous avez pris des pilules, vous purgez de meilleurs vers que tous ceux qu'on fait actuellement en Europe. Pour moi, je prendrais toute la rhubarbe de la Sibérie et tout le séné des apothicaires, sans que jamais je fisse un chant de la Henriade. Tenez, voyez-vous, mon cher, chacun naît avec un certain talent vous avez tout reçu de la nature: cette bonne mère n'a pas été aussi libérale envers tout le monde. Vous composez vos ouvrages pour la gloire, et moi pour mon amusement. Nous réussissons l'un et l'autre mais d'une manière bien différente: car tant que le soleil éclairera le monde, tant qu'il se conservera une teinture de science une étincelle de goût, tant qu'il y aura des esprits qui aimeront des pensées sublimes, tant qu'il se trouvera des oreilles sensibles à l'harmonie, vos ouvrages dureront, et votre nom remplira l'espace des siècles qui mène à l'éternité. Pour les miens on dira: C'est beaucoup que ce roi n'ait pas été tout à fait imbécile; cela est passable; s'il était né particulier, il aurait pourtant pu gagner sa vie en se faisant correcteur chez quelque libraire! et puis on jette là le livre, et puis on en fait des papillotes, et puis il n'en est plus question....
DE M. DE VOLTAIRE
À Ferney, 27 avril 1770.
Sire, quand vous étiez malade, je l'étais bien aussi, et je faisais tout comme vous de la prose et des vers, à cela près que mes vers et ma prose ne valaient pas grand-chose; je conclus que j'étais fait pour vivre et mourir auprès de vous, et qu'il y a eu du malentendu si cela n'est pas arrivé.
Me voilà capucin pendant que vous êtes jésuite; c'est encore une raison de plus qui devait me retenir à Berlin; cependant on dit que frère Ganganelli a condamné mes œuvres, ou du moins celles que les libraires vendent sous mon nom.
Je vais écrire à Sa Sainteté que je suis très bon catholique, et que je prends Votre Majesté pour mon répondant.