Environ dans ce temps-là une femme attira encore la Pologne au Christianisme. Miceslas Duc de Pologne fut converti par sa femme sœur du Duc de Bohême. J'ai déjà remarqué que les Bulgares avaient reçu la foi de la même manière. Giselle sœur de l'Empereur Henri fit encore Chrétien son mari Roi de Hongrie dans la première année du XIe Siècle; ainsi il est très-vrai que la moitié de l'Europe doit aux femmes son Christianisme.
La Suède chez qui elle avait été prêchée dès le IXe Siècle, était redevenue idolâtre. La Bohême et tout ce qui est au Nord de l'Elbe, renonça au Christianisme en 1013. Toutes les Côtes de la Mer Baltique vers l'Orient étaient Païennes. Les Hongrois en 1047 retournèrent au Paganisme. Mais toutes ces Nations étaient beaucoup plus loin encore d'être polies, que d'être Chrétiennes.
La Suède, probablement depuis longtemps épuisée d'habitants par ces anciennes émigrations dont l'Europe fut inondée, paraît dans le VIIIe, IXe, Xe et XIe Siècles comme ensevelie dans sa barbarie, sans guerre et sans commerce avec ses voisins; elle n'a part à aucun grand événement, et n'en fut probablement que plus heureuse.
La Pologne beaucoup plus barbare que Chrétienne conserva jusqu'au XIIIe Siècle toutes les coutumes des anciens Sarmates, de tuer leurs enfants qui naissaient imparfaits, et les vieillards invalides. Qu'on juge par-là du reste du Nord.
L'Empire de Constantinople n'était ni plus resserré ni plus agrandi que nous l'avons vu au IXe Siècle. À l'Occident il se défendait contre les Bulgares, à l'Orient et au Nord contre les Turcs et les Arabes.
On a vu en général ce qu'était l'Italie: des Seigneurs particuliers partageaient tout le Pays depuis Rome jusqu'à la Mer de la Calabre; et les Normands en avaient la plus grande partie. Florence, Milan, Pavie, se gouvernaient par leurs Magistrats sous des Comtes ou sous des Ducs nommés par les Empereurs. Bologne était plus libre.
La Maison de Maurienne dont descendent les Ducs de Savoie, Rois de Sardaigne, commençait à s'établir. Elle possédait comme Fief de l'Empire la Comté héréditaire de Savoie et de Maurienne, depuis que Humbert aux blanches mains, tige de cette Maison, avait eu en 888 ce petit démembrement du Royaume de Bourgogne.
Les Suisses et les Grisons détachés aussi de ce même Royaume, obéissaient aux Baillis que les Empereurs nommaient.
Deux Villes maritimes d'Italie commençaient à s'élever non par ces invasions subites qui ont fait les droits de presque tous les Princes qui ont passé en revue, mais par une industrie sage qui dégénéra aussi bientôt en esprit de conquête. Ces deux Villes étaient Gênes et Venise. Gênes célèbre du temps des Romains, regardait Charlemagne comme son restaurateur. Cet Empereur l'avait rebâtie quelque temps après que les Goths l'avaient détruite. Gouvernée par des Comtes sous Charlemagne et ses premiers descendants, elle fut saccagée au Xe Siècle par les Mahométans, et presque tous ses citoyens furent emmenés en servitude. Mais comme c'était un Port commerçant, elle fut bientôt repeuplée. Le Négoce qui l'avait fait fleurir, servit à la rétablir. Elle devint alors une République. Elle prit l'Île de Corse sur les Arabes, qui s'en étaient emparés. C'est ici qu'il faut se souvenir que Louis le Débonnaire avait donné la Corse aux Papes. Ils exigèrent un tribut des Génois pour cette Île. Les Génois payèrent ce tribut au commencement de l'XIe Siècle, mais bientôt après ils s'en affranchirent sous le Pontificat de Lucius II. Enfin leur ambition croissant avec leurs richesses, de Marchands ils voulurent devenir Conquérants.
La Ville de Venise bien moins ancienne que Gênes affectait le frivole honneur d'une plus ancienne liberté, et jouissait de la gloire solide d'une puissance bien supérieure. Ce ne fut d'abord qu'une retraite de pêcheurs et de quelques fugitifs, qui s'y réfugièrent au commencement du Ve Siècle, quand les Goths ravageaient l'Italie. Il n'y avait pour toute Ville que des cabanes sur le Rialto. Le nom de Venise n'était point encore connu. Ce Rialto bien loin d'être libre, fut pendant trente années une simple Bourgade appartenant à la Ville de Padoue, qui le gouvernait par des Consuls. La vicissitude des choses a mis depuis Padoue sous le joug de Venise.