La Beaumelle prétendit que c’était contre les conventions faites avec Eslinger que ce libraire avait mis sur les frontispices ces mots: Par M. de La B***; que les notes du premier volume étaient les seules qui fussent de lui; que les autres étaient d’un chevalier de Mainvillers.

Dans le second volume, page 348, chap. XXVI (aujourd’hui chap. XXVII, voyez p. 208), l’annotateur avait, à l’occasion de la mort de plusieurs membres de la famille royale, ajouté une note injurieuse pour la mémoire du duc d’Orléans, le régent. La Beaumelle, étant revenu à Paris, fut arrêté le 24 avril 1753. On avait trouvé chez lui huit exemplaires de l’édition de Francfort du Siècle de Louis XIV. La Beaumelle fut conduit à la Bastille, où il resta près de six mois[347].

Certainement il voulait dénigrer l’ouvrage de Voltaire; mais cela n’était pas dans l’intérêt du libraire qui le réimprimait. Aussi ce dernier, dans l’Avertissement, annonce offrir au public un excellent livre augmenté de remarques qui le rendront encore meilleur. Au reste, plusieurs des remarques des tomes II et III sont ainsi conçues: Ce chapitre est très beau; Ce portrait est admirable, etc. Il peut se faire que les notes flatteuses soient de Mainvillers, et toutes les autres de La Beaumelle. Dans tous les cas, j’ai signé d’un L les notes extraites de l’édition de Francfort. (Voyez ma préface du tome XIX.)

Voltaire, en réponse à son critique, fit paraître son Supplément au Siècle de Louis XIV, qui circulait à Paris dès le mois de mai. Le 15 de ce mois, la police en fit la perquisition chez le libraire Lambert[348]. L’édition originale est intitulée: Supplément au Siècle de Louis XIV, Catilina, tragédie, et autres pièces du même auteur, Dresde, 1753, chez G. C. Walther, petit in-8º de xvj et 184 pages. La seule pièce qui soit après Catilina est l’Examen du testament politique du cardinal Albéroni. Cette édition contient la lettre ou dédicace à M. Roques[349].

Au lieu de cette Dédicace, il y a dans les diverses éditions du volume intitulé: Siècle politique de Louis XIV (voyez ma préface du tome XIX), un Mémoire de M. F. de Voltaire, apostillé par M. de La Beaumelle, et qu’on peut regarder comme la première version de la dédicace à M. Roques. Si la date de 27 janvier 1753 que lui donne La Beaumelle est exacte, ce mémoire est peut-être le testament littéraire dont Voltaire parle dans sa lettre à d’Argental, du 10 février 1753. Je l’ai imprimé en forme de variante et en note à la fin de la lettre à M. Roques (page 491).

Colini, alors secrétaire de Voltaire, et qui trouvait le Supplément beaucoup plus mordant que les notes de son commentateur, fit de vains efforts pour en empêcher la publication[350].

La Beaumelle répliqua par une Réponse au Supplément du siècle de Louis XIV, Colmar, 1754, in-12, rédigée dès le mois d’octobre 1753, c’est-à -dire aussitôt après sa sortie de la Bastille, mais qui ne put être imprimée qu’en avril 1754. Il y reproduisit une Lettre sur mes démêlés avec M. de Voltaire, déjà imprimée plusieurs fois, et le Mémoire apostillé.

L’acharnement de Voltaire et de La Beaumelle l’un contre l’autre n’a cessé qu’avec la vie. Les Lettres de M. de La Beaumelle à M. de Voltaire, 1763, in-12 de 213 pages, sont une nouvelle édition entièrement refondue de la Réponse au Supplément, avec quelques autres morceaux relatifs à Voltaire.

Il serait trop long de rappeler tous les écrits, tant en vers qu’en prose, où Voltaire maltraite La Beaumelle. Je n’en signalerai que deux presque inconnus, et qui ne sont encore dans aucune édition des Œuvres de Voltaire. L’un est une Lettre sous la date du 24 avril 1767 (voyez tome XLIII); l’autre est la Lettre anonyme et la réponse, de 1769 (voyez tome XLV); j’ai déjà parlé de ces deux morceaux dans ma préface du tome XXXVII.

Sans doute La Beaumelle a été l’agresseur; sans doute il a dépassé toutes les bornes de la critique; mais on ne peut s’empêcher de déplorer que Voltaire ait aussi perdu toute mesure dans le chant XVIIIᵉ de la Pucelle.