[Au lecteur]

TABLE
DES
CHAPITRES.

Chap. I. HIstoire abrégée de la mort de Jean Calas,[page 1]
Chap. II. Conséquences du supplice de Jean Calas,[16]
Chap. III. Idée de la Réforme du seizieme siecle,[19]
Chap. IV. Si la Tolérance est dangereuse; & chez quels Peuples elle est pratiquée,[25]
Chap. V. Comment la Tolérance peut être admise,[36]
Chap. VI. Si l'Intolérance est de droit naturel & de droit humain?[41]
Chap. VII. Si l'Intolérance a été connue des Grecs?[42]
Chap. VIII. Si les Romains ont été tolérants?[46]
Chap. IX. Des Martyrs,[55]
Chap. X. Du danger des fausses légendes, & de la persécution,[72]
Chap. XI. Abus de l'Intolérance,[80]
Chap. XII. Si l'Intolérance fut de droit divin dans le Judaïsme, & si elle fut toujours mise en pratique?[88]
Chap. XIII. Extrême Tolérance des Juifs,[111]
Chap. XIV. Si l'Intolérance a été enseignée par Jesus-Christ?[123]
Chap. XV. Témoignages contre l'Intolérance,[133]
Chap. XVI. Dialogue entre un Mourant & un Homme qui se porte bien,[137]
Chap. XVII. Lettre écrite au Jésuite Le Tellier, par un Bénéficier, le 6 Mai 1714,[141]
Chap. XVIII. Seuls cas où l'Intolérance est de droit humain,[146]
Chap. XIX. Relation d'une dispute de controverse à la Chine,[150]
Chap. XX. S'il est utile d'entretenir le Peuple dans la superstition?[153]
Chap. XXI. Vertu vaut mieux que science,[158]
Chap. XXII. De la Tolérance universelle,[161]
Chap. XXIII. Priere à Dieu,[166]
Chap. XXIV. Postscriptum,[168]
Chap. XXV. Suite & Conclusion,[176]

A l'occasion de la mort de Jean Calas.


CHAPITRE PREMIER.
Histoire abrégée de la mort de Jean Calas.

LE meurtre de Calas, commis dans Toulouse avec le glaive de la Justice, le 9me Mars 1762, est un des plus singuliers événements qui méritent l'attention de notre âge & de la postérité. On oublie bientôt cette foule de morts qui a péri dans des batailles sans nombre, non-seulement parce que c'est la fatalité inévitable de la guerre, mais parce que ceux qui meurent par le sort des armes, pouvaient aussi donner la mort à leurs ennemis, & n'ont point péri sans se défendre. Là où le danger & l'avantage sont égaux, l'étonnement cesse, & la pitié même s'affaiblit: mais si un Pere de famille innocent est livré aux mains de l'erreur, ou de la passion, ou du fanatisme; si l'accusé n'a de défense que sa vertu, si les arbitres de sa vie n'ont à risquer en l'égorgeant que de se tromper, s'ils peuvent tuer impunément par un arrêt; alors le cri public s'éleve, chacun craint pour soi-même; on voit que personne n'est en sûreté de sa vie devant un Tribunal érigé pour veiller sur la vie des Citoyens, & toutes les voix se réunissent pour demander vengeance.