Enfin je n’sais pas comment
On peut y vivre honnêt’ment.
C’est un rêve.
Mais on est récompensé,
Car, comme on est harassé,
Quand on crève...
El’cimetière est pas ben loin,
A Saint-Ouen.
«Achetez la chanson: A Saint-Ouen,» clame l’humble assistant, et il agite la petite urne où il quête, tandis que de l’autre main il pousse sous le nez des visiteurs la chanson notée avec sa couverture illustrée: deux enfants, courbés sous leurs hottes, allant tous deux leur chemin, la petite fille causant gaîment, le garçon tirant la langue.
Les vers de Bruant ont un timbre original, qui les grave dans la mémoire, grâce à leur refrain qui est d’ordinaire le nom d’un quartier ou d’un faubourg de Paris. C’est la localité, où l’historiette se passe, ou plutôt le cercle au milieu duquel se développe la vie du héros ou de l’héroïne, ou encore c’est le sort qui leur est jeté dès leur naissance et qui les avertit à toute heure: à Montrouge, à Saint-Lazare, à la Roquette.