«Mais elle y est, l’unité de pensée!» proclame le poète dans un des rares passages où il parle de lui en prose, d’une manière directe; «elle y est au titre humain, au titre catholique, ce qui est la même chose à nos yeux.»
L’homme, en ces lignes, prend le pas sur le catholique; gardons-lui sa place.
Son dernier volume de vers, Bonheur, me paraît être un essai pour réunir les éléments discordants de son caractère. Est-ce que je vois juste? Est-il possible que cette blessure se ferme, que cette existence répare le tissu rompu, grâce à la force de guérison et de renouveau que donne la véritable vie!
Mais d’où me vient cette sollicitude? Et les vers seuls du poète ne me suffisent-ils pas?
Comme si dans le poète on pouvait jamais oublier l’homme!
Être poète, c’est être une puissance, et cette puissance vient de l’âme. Tandis que l’artiste nous promène dans des décors de la vie, le poète se donne exclusivement lui-même et dans le cours de son existence il devient lui.
Mais quelle va être mon impression sur l’homme, sur Verlaine, quand je vais me trouver devant lui?
J’ai tâché de me préparer à cette entrevue en me le représentant d’abord comme guidé par l’instinct plutôt que par la raison; ensuite, je me suis efforcé de compenser la faute commise en cherchant une intention rationnelle à ce que le poète a voulu faire sans pouvoir y parvenir jusqu’ici.
La réalité sera différente, à coup sûr, de l’image que je me suis faite, mais c’est seulement en corrigeant continuellement ses impressions que l’on se rapproche de quelque chose qui ressemble à la vérité.