TOUJOURS CETTE MUSIQUE AUTOUR DE MOI

Toujours cette musique autour de moi, sans terme, sans commencement, et que pourtant je suis resté longtemps sans entendre, ignorant que j’étais,
Mais à présent que j’entends le choral, il me transporte;
J’entends une voix de ténor, vigoureuse, qui monte avec une puissance saine, avec des notes joyeuses d’aube,
Une voix de soprano qui, par moments, plane légère au-dessus des crêtes de vagues immenses,
Une voix de basse transparente, qui frissonne suavement en dessous et parmi l’univers,
J’entends des chœurs triomphants, des lamentations funèbres accompagnées par des flûtes et des violons délicieux, et de tout cela je m’emplis;
Je n’entends pas seulement le volume des sons, je suis remué par leurs précieuses significations,
Je prête l’oreille aux différentes voix qui viennent se marier au chœur ou s’en détachent, qui s’efforcent, qui luttent avec une ardeur véhémente pour se surpasser l’une l’autre en émotion;
Je ne crois pas que les musiciens se connaissent eux-mêmes—mais je crois qu’à présent je commence à les connaître.

OH TOUJOURS VIVRE ET TOUJOURS MOURIR

Oh toujours vivre et toujours mourir!
O ce qui est enterré de moi-même dans le passé et le présent,
O ce moi, tandis qu’à grands pas je m’avance, matériel, visible, impérieux, autant que jamais;
O ce moi, ce que je fus durant des années, aujourd’hui mort, (je ne me lamente pas, je suis satisfait);
Oh me débarrasser de ces cadavres de moi-même, qu’en me retournant je considère, là-bas où je les ai jetés,
Continuer mon chemin (Oh vivre! vivre toujours!) et laisser derrière moi les cadavres.

A QUELQU’UN QUI VA BIENTOT MOURIR

Entre tous les autres je vous distingue et j’ai pour vous un message:
Vous allez mourir—que d’autres vous disent ce qu’il leur plaît, moi je ne puis mentir,
Je suis strict et impitoyable, mais je vous chéris—vous n’en réchapperez pas.

Doucement sur vous je pose ma main droite, c’est à peine si vous la sentez,
Je ne raisonne pas, je courbe la tête profondément et l’enveloppe à moitié,
Je demeure en silence près de vous, je ne vous quitte pas un instant,
Je suis davantage qu’un garde-malade, davantage qu’un parent ou un voisin,
Je vous absous de tout, hormis de votre moi spirituel-corporel, c’est-à-dire éternel, votre moi réchappera sûrement,
Le cadavre que vous quitterez ne sera qu’une dépouille excrémentielle.

Le soleil perce en d’imprévues directions,
Des pensées fortes vous emplissent et de la confiance, vous souriez,
Vous oubliez que vous êtes malade, comme j’oublie que vous êtes malade,
Vous ne voyez pas les remèdes, vous ne faites pas attention à vos amis qui pleurent, je suis avec vous,
J’éloigne les autres de votre présence, il n’y a rien là dont on doive s’apitoyer,
Je ne m’apitoie pas, je vous félicite.

L’INVOCATION SUPRÊME

A la fin, tendrement,
Au travers des murs de la puissante maison fortifiée,
Eludant les verrous hermétiquement joints, la protection des portes solidement closes,
Que je sois emporté comme un souffle.