Ce visage est rongé par la vermine et les vers,
Et celui-ci est un poignard d’assassin à moitié tiré de sa gaine.

Ce visage est redevable au fossoyeur de son lugubre salaire,
Une cloche des morts tinte en lui sans relâche.

3

Traits de mes égaux, vous voudriez peut-être me tromper avec votre cortège fripé et cadavérique?
Oh! il n’est pas en votre pouvoir de me tromper.

Je vois s’écouler votre flot circulaire, jamais effacé,
Je vois par-dessous les bords de vos masques ignobles et hagards.

Disloquez-vous et tortillez-vous autant que vous le voudrez, farfouillez avec vos museaux de poissons ou de rats,
Vous serez débarrassés de vos muselières, je vous dis que vous le serez.

J’ai vu un jour le visage de l’idiot le plus barbouillé et le plus baveux qu’on gardait à l’asile,
Or je savais pour ma consolation ce que les autres ne savaient pas,
Je savais quelles étaient les lois qui avaient vidé et ruiné mon frère,
Celles-ci attendent leur heure pour balayer de la demeure écroulée les décombres,
Et je reviendrai voir dans une vingtaine d’âge ou deux,
Et je trouverai le vrai maître du logis, parfait et intact, et valant en tous points autant que moi.

4

Le Maître avance, avance encore,
Toujours une ombre le précède, toujours s’allonge la main tendue qui fait avancer les traînards.

De ce visage émergent des étendards et des chevaux—ô splendeur! je vois ce qui vient,
Je vois les hauts casques des sapeurs, je vois les bâtons des coureurs qui ouvrent un passage,
J’entends les tambours de la victoire.

Ce visage est une barque de sauvetage,
Celui-ci est le visage souverain et barbu qui ne demande aux autres nul avantage,
Ce visage est un fruit savoureux prêt à être dégusté,
Ce visage de jeune gars rayonnant de santé et de sincérité est un programme de tout ce qu’il y a de bien au monde.