NE ME FERMEZ PAS VOS PORTES
Ne me fermez pas vos portes, orgueilleuses bibliothèques,
Car ce qui manquait sur tous vos rayons chargés, et dont on a pourtant le plus besoin, je l’apporte;
Surgi de la guerre, j’ai fait un livre,
Les mots de mon livre ne sont rien, ce à quoi je veux en venir est tout,
Un livre à part, qui est sans lien avec les autres et n’est point perçu par l’intellect,
Mais vous, forces latentes qu’on tait, vous en pénétrerez toutes les pages.
UNE FEMME M’ATTEND
Une femme m’attend, elle contient tout, rien ne fait défaut,
Cependant tout ferait défaut si le sexe manquait, ou si manquait pour l’humecter l’homme qu’il faut.
Le sexe contient tout, les corps et les âmes,
Les intentions, les preuves, la pureté, la délicatesse, les résultats, les promulgations,
Les chants, les ordres, la santé, l’orgueil, le mystère de la maternité, le lait séminal,
Tous les espoirs, les bienfaits et les dons, toutes les passions, les tendresses, les beautés, tous les plaisirs de la terre,
Tous les gouvernements, les juges, les dieux, les puissants de la terre,
Tout cela est contenu dans le sexe, en fait partie et le justifie.
Sans honte l’homme qui me plaît connaît et avoue la sensation délicieuse de son sexe,
Sans honte la femme qui me plaît connaît et avoue les délices du sien.
Dorénavant je m’écarterai des femmes insensibles,
J’irai demeurer avec celle qui m’attend, avec ces femmes qui ont le sang chaud et qui sont capables de me satisfaire,
Je vois que celles-là me comprennent et ne me repoussent pas,
Je vois qu’elles sont dignes de moi, je serai donc le robuste époux de ces femmes.
Elles ne sont pas d’un iota inférieures à moi,
Elles ont le visage tanné par les soleils rutilants et les vents qui soufflent,
Leur chair a l’antique souplesse et vigueur divine,
Elles savent nager, ramer, monter à cheval, lutter, tirer, courir, frapper, battre en retraite, s’avancer, résister et se défendre,
Elles sont extrêmes dans l’affirmation de leurs droits—elles sont calmes et claires, en pleine possession d’elles-mêmes.
Je vous attire contre moi, ô femmes,
Je ne puis vous laisser partir, je voudrais vous faire du bien,
Je suis fait pour vous, et vous êtes faites pour moi, et ce n’est pas de nous seuls qu’il s’agit, mais d’autres êtres,
Car, enveloppés en vous, dorment de plus grands héros et de plus grands bardes,
Qui refusent de s’éveiller au contact d’un autre homme que moi.
C’est moi qui viens, femmes, je m’ouvre un passage,
Je suis sévère, âpre, large, inflexible, mais je vous aime,
Je ne vous fais pas plus de mal qu’il n’est nécessaire pour vous,
Je verse la liqueur d’où sortiront des fils et des filles à la mesure de ces Etats, je pèse d’un muscle lent et rude,
Je me noue de toute ma force, je n’écoute aucune prière,
Je n’ose pas me retirer avant d’avoir déposé ce qui s’était depuis si longtemps accumulé en moi.