—Vous oubliez qu'on assure qu'il est sorcier, dit Nancy.
—Et si la magie diabolique ne lui réussit pas, dit miss Ilderton, il n'a qu'à se fier à sa magie naturelle. Qu'il montre à sa fenêtre sa tête énorme et son visage, le plus hardi voleur ne voudra pas le voir deux fois. Que ne puis-je avoir à ma disposition cette tête de Gorgone, seulement pour une demi-heure!
—Et qu'en feriez-vous, Lucy? lui demanda miss Vere.
—Je ferais fuir du château ce sombre, roide et cérémonieux Frédéric Langley, que votre père aime tant, et que vous aimez si peu. Au moins nous avons été débarrassées de sa compagnie pour le temps que nous avons mis à faire notre visite au sorcier. C'est une obligation que nous avons à Elsy, et je ne l'oublierai de ma vie.
—Que diriez-vous donc, Lucy, lui dit à demi-voix Isabelle, pour ne pas être entendue de Nancy, qui marchait en avant parce que le sentier où elles se trouvaient était trop étroit pour que trois personnes pussent y passer de front; que diriez-vous si l'on vous proposait d'associer pour la vie votre destinée à celle de sir Frédéric?
—Je dirais Non, Non, Non, trois fois Non, toujours de plus haut en plus haut, jusqu'à ce qu'on m'entendît de Carlisle.
—Mais si Frédéric vous disait que dix-neuf Non valent un demi-consentement?
—Cela dépend de la manière dont ces Non sont prononcés.
—Mais si votre père vous disait: Consentez-y ou…
—Je m'exposerais à toutes les conséquences de son ou, serait-il le plus cruel des pères.