—Et qui a osé faire cela?—Lâchez ma bride, Annaple, lâchez-la donc! Où est ma mère, où sont mes soeurs, où est Grâce? Ah! le sorcier! j'entends encore ses paroles tinter à mon oreille.
Il pressa son cheval, et ayant atteint la hauteur il vit bientôt le spectacle de désolation dont Annaple l'avait menacé. Des monceaux de cendres et de débris couvraient la place qu'avait occupée sa ferme. Ses granges, qui renfermaient ses récoltes et ses fourrages, ses étables pleines de nombreux troupeaux, tout ce qui formait la richesse d'un cultivateur à cette époque, tout cela n'existait plus. Il resta un moment sans mouvement.—Je suis ruiné, s'écria-t-il enfin, ruiné sans ressource!—encore si ce n'était pas à la veille de mon mariage!—Mais je ne suis pas un enfant pour rester là à pleurer. Pourvu que je retrouve Grâce, ma mère et mes soeurs bien portantes!—Eh bien! je ferai comme mon grand-père, qui alla avec Buccleugh servir en Flandre.—Allons, je ne perdrai pas courage, ce serait le faire perdre à ces pauvres femmes.
Il s'avança avec fermeté vers le lieu du désastre, dans le dessein de porter à sa famille les consolations dont il avait besoin lui-même. Les habitants du voisinage, ceux surtout qui portaient son nom, s'y étaient déjà rassemblés. Les plus jeunes s'étaient armés, et ne respiraient que vengeance, quoiqu'ils ne sussent sur qui la faire tomber: les plus âgés s'occupaient des moyens de secourir la malheureuse famille. La chaumière d'Annaple, située à deux pas de la ferme, lui avait servi de refuge, et chacun s'était empressé d'y apporter ce qui pouvait lui être le plus nécessaire, car on n'avait pu sauver presque rien de la fureur des flammes.
—Eh bien! disait un grand jeune homme, allons-nous rester toute la journée devant les murailles brûlées de la maison de notre parent? A cheval, et poursuivons les brigands. Qui a un limier prêt à nous guider?
—Le jeune Earnscliff est déjà parti avec six chevaux, dit un autre, pour tâcher de les découvrir.
—Eh bien! reprit le premier, suivons-le donc, entrons dans le Cumberland, brûlons, pillons, tuons, tant pis pour les plus voisins.
—Un moment, jeune homme, dit un vieillard, voulez-vous exciter la guerre entre deux pays qui sont en paix?
—Voulez-vous que nous voyions brûler nos maisons sans nous venger? Est-ce ainsi qu'agissaient nos pères?
—Je ne vous dis pas, Simon, qu'il ne faut pas nous venger, répondit le vieillard plus prudent; mais il faut avoir, de notre temps, la loi pour soi.
—Je doute, dit un autre, qu'il existe encore un homme qui sache les formalités à observer quand il faut poursuivre une vengeance légitime au-delà des frontières. Tam de Whittram savait tout cela; mais il est mort dans le fameux hiver.