Après ces exclamations, le groupe, n'ayant point de chef reconnu, attendit tranquillement le retour d'Hobby, résolu à se mettre sous sa direction.

L'entrevue d'Hobby avec sa famille fut aussi triste qu'attendrissante. Ses trois soeurs se jetèrent à son cou en pleurant, et l'étouffèrent presque de caresses pour retarder l'instant où il s'apercevrait qu'il lui manquait quelqu'un non moins cher a son coeur.

—Que Dieu vous bénisse, mon fils! Il peut nous secourir, lui, alors que le secours du monde n'est qu'un roseau brisé.

Tels furent les premiers mots que la vieille mère adressa à son petit-fils. Il regarda autour de lui, tenant la main de deux de ses soeurs, tandis que la troisième était encore suspendue à son cou.

—Laissez-moi donc voir; dit-il, que je vous compte. Voilà ma mère, Annette, Jeanne, Lily; mais où est… Il hésita un moment.— Où est Grâce? continua-t-il, comme en faisant un effort.

—Sûrement ce n'est pas un moment pour se cacher ou pour plaisanter.

—O mon frère! notre pauvre Grâce! telles furent les seules réponses qu'il put obtenir, jusqu'à ce que sa grand'mère se levât, et, le séparant de ses soeurs éplorées, le conduisît vers un siège; puis, avec cette sérénité touchante qu'une piété sincère peut seule procurer aux plus cruelles douleurs, elle lui dit:— Mon fils, quand votre père fut tué à la guerre, et me laissa six orphelins, à qui j'avais à peine alors de quoi donner du pain, j'eus le courage, ou pour mieux dire, le ciel me donna le courage de dire:—Que la volonté du Seigneur soit faite! Hé bien! mon fils, des brigands ont mis le feu cette nuit à la ferme en cinq ou six endroits à la fois; ils sont entrés armés, masqués; ils ont pillé la maison, tué les bestiaux, emmené les chevaux, et, pour comble de malheur, enlevé notre pauvre Grâce! priez le ciel de vous donner la force de dire: Que sa volonté soit faite!

—Ma mère, ma mère, ne me pressez pas ainsi… C'est impossible… je ne suis qu'un pécheur…. un pécheur endurci!… Des hommes armés, masqués! Grâce enlevée!… Donnez-moi le sabre et le havresac de mon père. Je veux me venger, devrais-je aller chercher ma vengeance au fond de l'enfer.

—Oh! mon fils, soyez soumis à la volonté de Dieu. Qui sait ce que sa bonté nous réserve? Le jeune Earnscliff, que le ciel le protège! s'est mis à la poursuite des brigands avec Davie de Stenhouse et quelques autres des premiers accourus. Je criai de laisser brûler la maison et de courir après Grâce, et Earnscliff a été le premier à partir. C'est le digne fils de son père; c'est un loyal ami.

—Oui! s'écria Hobby, que le ciel le bénisse! Mais il s'agit à présent de l'imiter. Adieu, ma mère, adieu, mes soeurs!