—Malheureux! dit le Nain, tant mieux!
Ces mots se firent entendre à travers une petite lucarne qu'il avait pratiquée au-dessus de sa porte, et par où il pouvait voir ce qui se passait hors de sa maison, sans être lui-même aperçu.
—Tant mieux! Elsy; et pourquoi tant mieux? N'avez-vous pas entendu que je vous ai dit que j'étais le plus malheureux des hommes?
—Croyez-vous m'apprendre une nouvelle? Avez-vous oublié ce que je vous ai dit ce matin?
—Non, Elsy, et c'est parce que je m'en souviens que je reviens vous voir. Celui qui a si bien connu le mal doit pouvoir en indiquer le remède.
—Il n'y a point de remède aux maux de ce monde. Si j'en connaissais un, je commencerais par l'employer pour moi-même… N'ai-je pas perdu une fortune qui aurait suffi pour acheter cent fois toutes les montagnes? un rang auprès duquel ta condition n'est que celle du dernier paysan? une société où je trouvais tout ce qu'il y a d'aimable et d'intéressant?…. N'ai-je pas perdu tout cela? ne vis-je pas ici comme le rebut de la nature, dans la plus affreuse des retraites, et plus affreux moi-même que les objets horribles qui m'environnent? Et pourquoi d'autres vermisseaux se plaindraient-ils d'être foulés aux pieds de la destinée, quand je me trouve moi-même écrasé sous la roue de son char?
—Vous pouvez avoir perdu tout cela, dit Hobby avec émotion, terres, amis, richesses; mais vous n'avez jamais éprouvé un chagrin comme le mien: jamais vous n'avez perdu Grâce Armstrong. Et maintenant, adieu toutes mes espérances, je rie la verrai plus!
Ces mots furent prononcés avec la plus vive émotion; et, comme s'ils avaient épuisé ses forces, Hobby garda le silence quelques instants. Avant qu'il eût pu reprendre assez de résolution pour adresser au Nain quelques nouvelles prières, le bras nerveux d'Elsy se montra à la lucarne, tenant en main un gros sac de cuir qu'il laissa tomber.
—Tiens, voilà le baume qui guérit tous les maux des hommes. C'est ainsi qu'ils le pensent au moins, les misérables! Va-t'en. Te voilà deux fois plus riche que tu ne l'étais hier. Ne me fais plus de questions ni de plaintes elles me sont aussi odieuses que les remerciements.
—C'est en vérité de l'or! dit Hobby en faisant sonner le sac. Et s'adressant de nouveau au solitaire:—Elsy, lui dit-il, je vous remercie de votre bonne volonté, mais je voudrais vous donner une reconnaissance de cet argent et une sûreté sur nos terres. Cependant, pour vous parler librement, je ne me soucierais pas de m'en servir avant de savoir d'où il vient. Je ne voudrais pas que, lorsque j'en donnerai à quelqu'un, il vînt à se changer en ardoises.