Cinq ou six d'entre eux y étaient déjà arrivés, et le hasard y amena, presque au même instant, Earnscliff et ses compagnons. Ils avaient découvert les traces des bestiaux jusqu'à la frontière. Mais là ils avaient appris qu'une troupe considérable de jacobites était en armes, et qu'on parlait de plusieurs soulèvements dans différentes parties de l'Écosse.
Earnscliff ne regardait donc plus l'événement de la nuit précédente comme l'effet d'un brigandage ordinaire, ou d'une vengeance particulière, mais comme la première étincelle de la guerre civile.
Le jeune homme embrassa Hobby avec tous les témoignages d'un véritable intérêt, et l'informa du fruit de ses recherches.
—Hé bien! dit Hobby, je parierais ma tête qu'Ellieslaw est pour quelque chose dans cette trahison d'enfer, car il est lié avec tous les jacobites du Cumberland; et, comme il a toujours protégé Westburnflat, cela s'accorde assez bien avec ce qu'Elsy m'a fait entendre.
Un autre se rappela qu'une fille de basse-cour d'Heugh-Foot avait entendu les brigands dire qu'ils agissaient au nom de Jacques VIII, et qu'ils étaient chargés de désarmer tous les rebelles; selon d'autres, Westburnflat s'était vanté tout haut qu'il obtiendrait bientôt un commandement dans les troupes jacobites, sous les ordres d'lllieslaw, lorsque celui-ci se serait déclaré, et qu'alors on ferait un mauvais-parti à Earnscliff, et à tout ce qui était attaché au gouvernement.
Le résultat fut qu'on ne douta plus que la troupe de brigands n'eût agi sous les ordres de Westburnflat, peut-être à l'instigation secrète d'Ellieslaw, et qu'on résolut de se rendre sur-le-champ à la demeure du premier, afin de s'assurer de sa personne. Les amis dispersés des Elliot les avaient rejoints pendant leur délibération, et ils se trouvaient plus de vingt cavaliers bien montés et passablement armés.
Un ruisseau sorti d'une étroite ravine des montagnes se, répandait à Westburnflat, sur la plaine marécageuse qui donne son nom à cet endroit. C'est là que l'onde, naguère rapide comme un torrent, change de caractère et devient stagnante, telle qu'un serpent azuré replié sur lui-même pendant son sommeil. Sur une de ses rives et au centre de la plaine s'élevait la tour de Westburnflat, qui était une de ces anciennes maisons fortifiées, jadis si nombreuses sur les frontières. Le terrain s'étendait en esplanade pendant l'espace d'environ cent toises; mais au-delà, ce n'était plus qui une fondrière impraticable pour des étrangers. Les sentiers qui conduisaient à la tour n'étaient connus que du maître et des siens. Mais, parmi les Écossais rassemblés sous les ordres d'Earnscliff, plusieurs pouvaient servir de guides. Quoique le genre de vie du propriétaire fût généralement connu, on était alors si peu scrupuleux sur l'article de la propriété, qu'il n'était pas aussi mal vu qu'il l'eût été dans un pays plus civilisé.
Parmi ses voisins plus paisibles, il était estimé à peu près comme le serait aujourd'hui un joueur, un amateur de combats de coqs, ou un jockey (Horse-Jockey. Un amateur de chevaux); comme un homme enfin dont les habitudes étaient blâmables, et dont la société devait être évitée en général, mais dont on ne pouvait dire après tout qu'il fût flétri de cette infamie ineffaçable attachée à sa profession dans un pays où les lois sont observées. Dans cette circonstance l'indignation qu'il excitait ne venait pas de la nature de ses torts comme maraudeur, mais il avait attaqué un voisin qui ne lui avait fait aucune injure, et surtout un membre du clan d'Elliot, dont la plupart de nos jeunes gens faisaient partie. Il se trouva donc naturellement dans la bande des personnes qui, familières avec les localités de son habitation, conduisirent facilement leurs camarades jusqu'au pied de la tour de Westburnflat.
CHAPITRE IX
«Délivre-moi de la donzelle,
«Emmène-la, dit le géant;
«Je ne suis pas si mécréant
«Que de vouloir mourir pour elle.»
Romance du Faucon.