—Vous êtes bien sévère, mon père.

—Je ne suis que juste: je me borne à peindre la nature, et j'ai l'avantage d'avoir sous les yeux d'excellents modèles en Lucy Ilderton et vous.

—Si j'ai été assez malheureuse pour vous offenser, mon père, vous ne devez pas en accuser ma cousine, car bien certainement jamais elle ne fut ni ma conseillère ni ma confidente.

—En vérité? Et qui a donc pu vous inspirer, il y a deux jours, la force et la hardiesse de parler à sir Frédéric avec un ton d'aigreur qui l'a blessé, et qui ne m'a pas moins offensé?

—Si ce que je lui ai dit vous a déplu, mon père, j'en ai un sincère regret; mais je ne puis me repentir d'avoir parlé à sir Frédéric comme je l'ai fait. S'il oubliait que j'étais votre fille, il devait au moins se souvenir que j'étais une femme.

—Réservez vos remarques pour une autre occasion, répliqua froidement son père: je suis si las de ce sujet, que voici la dernière fois que je vous en parlerai.

—Que de grâces j'ai à vous rendre, mon père! dit Isabelle en lui prenant la main. Délivrez-moi de la persécution de cet homme, et il n'est rien que vous ne puissiez m'ordonner.

—Vous êtes fort soumise quand cela vous convient, miss Vere, lui dit son père en fronçant le sourcil et en retirant sa main; mais je m'épargnerai à l'avenir la peine de vous donner des avis qui vous déplaisent. Vous vous conduirez d'après vos propres idées.

Quatre brigands les attaquèrent en ce moment: Ellieslaw tira son épée, et se défendit contre l'un d'eux. Un second se jeta sur le domestique, qui était sans armes, et lui appuyant un sabre sur la poitrine, le menaça de le tuer s'il faisait résistance. Les deux autres s'emparèrent d'Isabelle, et l'entraînèrent dans le fond du bois. Ils y avaient préparé trois chevaux sur l'un desquels ils la placèrent, et ils la conduisirent ainsi à la tour de Westburnflat. Elle fut confiée à la garde de la mère du bandit, qui l'enferma dans une chambre au plus haut étage de ce donjon, sans vouloir lui dire pourquoi on l'avait enlevée, ni pourquoi on la retenait ainsi.

L'arrivée d'Earnscliff avec une troupe nombreuse devant sa porte alarma le brigand. Comme il avait donné ordre de remettre Grâce en liberté, et qu'il croyait qu'elle devait déjà être rendue à ses parents, il ne crut pas qu'elle fût l'objet de cette visite désagréable. Ayant reconnu Earnscliff, et instruit des sentiments qu'il nourrissait pour Isabelle, il ne douta pas un instant qu'il ne vînt pour la délivrer, et la crainte des suites que pourrait avoir pour lui sa résistance lui fit prendre le parti de capituler, comme nous l'avons déjà appris à nos lecteurs.