—Je n'en sais trop rien! Si cela était arrivé à mon père, je m'en souviendrais jusqu'à ce que je m'en fusse vengé, et mes enfants s'en souviendraient après moi. Mais, vous autres seigneurs, vous savez ce que vous avez à faire. J'ai entendu dire que c'était un ami d'Ellieslaw qui avait frappé votre père, lorsque le laird lui-même venait de le désarmer.
—Laissons cela, laissons cela, Hobby. Ce fut une malheureuse querelle occasionnée par le vin et par la politique. Plusieurs épées furent tirées en même temps, et il est impossible de dire qui frappa le coup.
—Quoi qu'il en soit, le vieux Ellieslaw était fauteur et complice, car c'est le bruit général; et je suis sûr que si vous vouliez en tirer vengeance, personne ne vous blâmerait, car le sang de votre père rougit encore ses mains… Et d'ailleurs il n'a laissé que vous pour venger sa mort… Et puis Ellieslaw est un papiste et un jacobite… Ah! il est bien certain que tout le pays s'attend à ce qu'il se passe quelque chose entre vous.
—N'êtes-vous pas honteux, Hobby, vous qui prétendez avoir de la religion, d'exciter votre ami à la vengeance, et à contrevenir aux lois civiles et religieuses, et cela dans un endroit où nous ne savons pas qui peut nous écouter?
—Chut! chut! dit Hobby en se rapprochant de lui, j'avais oublié… Mais je vous dirais bien, monsieur Patrick, ce qui arrête votre bras. Nous savons bien que ce n'est pas manque de courage. Ce sont les deux yeux d'une jolie fille, de miss Isabelle Vere, qui vous tiennent si tranquille.
—Je vous assure que vous vous trompez, Hobby, répondit Earnscliff avec un peu d'humeur, et vous avez grand tort de parler et même de penser ainsi. Je n'aime pas qu'on se donne la liberté de joindre inconsidérément à mon nom celui d'une, jeune demoiselle.
—Là! ne vous disais-je pas bien que si vous étiez si calme; ce n'était pas faute de courage? Allons, allons, je n'ai pas eu dessein de vous offenser. Mais il y a encore une chose qu'il faut que je vous dise entre amis. Le vieux laird d'Ellieslaw a plus que vous dans ses veines l'ancien sang du pays. Il n'entend rien à toutes ces nouvelles idées de paix et de tranquillité. Il est tout pour les expéditions et les bons coups du vieux temps. On voit à sa suite une foule de vigoureux garçons qu'il tient en bonne disposition et qui sont pleins de malice comme de jeunes poulains. Il vit grandement, dépense trois fois ses revenus tous les ans, paie bien tout le monde, et personne ne peut dire où il prend son argent. Aussi, dès qu'il y aura un soulèvement dans le pays, il sera un des premiers à se déclarer. Or croyez bien qu'il n'a pas oublié son ancienne querelle avec votre famille; je parierais qu'il rendra quelque visite à la vieille tour d'Earnscliff.
—S'il est assez malavisé pour le faire, Hobby, j'espère lui prouver que la vieille tour est encore assez solide pour lui résister, et je saurai la défendre contre lui, comme mes ancêtres l'ont défendue contre les siens.
—Fort bien! très bien! vous parlez en homme à présent… Hé bien! si jamais il vous attaque ainsi, faites sonner la grosse cloche de la tour, et en un clin d'oeil vous m'y verrez arriver avec mes deux frères, le petit Davie de Stenhouse, et tous ceux que je pourrai ramasser.
—Je vous remercie, Hobby; mais j'espère que dans le temps où nous vivons nous ne verrons pas arriver des événements si contraires à tous les sentiments de religion et d'humanité.