—Pourquoi donc le feu de notre courage semble-t-il éteint aujourd'hui? s'écria-t-il; on dirait que nous sommes à un enterrement où ceux qui mènent le deuil ne doivent que chuchoter à voix basse, tandis que ceux qui vont porter le mort en terre. (montrant le bout de la table) boivent et se réjouissent dans la cuisine. Ellieslaw, votre esprit semble endormi! Et qu'est-ce qui a flétri les espérances du brave chevalier du vallon de Langley?

—Vous parlez comme un insensé, dit Ellieslaw: ne voyez-vous pas combien il nous manque de monde?

—Et qu'importe? ne saviez-vous donc pas d'avance que bien des gens parlent beaucoup et agissent peu? Quant à moi, je me trouve fort encouragé en voyant que plus des deux tiers de nos amis ont été exacts au rendez-vous. Je ne m'y attendais ma foi pas. Au surplus, je soupçonne qu'une bonne moitié d'entre eux sont venus autant pour le dîner que pour tout autre motif.

—Aucune nouvelle n'annonce le débarquement du roi, dit un de ses voisins de ce ton incertain qui indique un défaut de résolution.

—Nous n'avons eu aucune lettre du comte de D***; nous ne voyons pas un seul gentilhomme du sud des frontières.

—Quel est celui qui demande encore des hommes d'Angleterre? s'écria Mareschal avec un ton affecté de tragédie héroïque:

Mon cousin! cher cousin, le trépas nous menace.

—De grâce, Mareschal, dit Ellieslaw, trêve de folies en ce moment.

—Eh bien!, je vais vous étonner, je vais vous donner une leçon de sagesse. Si nous nous sommes avancés comme des fous, il ne faut pas reculer comme des lâches. Nous en avons fait assez pour attirer sur nous les soupçons et la vengeance du gouvernement. Attendrons-nous la persécution, sans rien faire pour l'éviter?…. Quoi! personne ne parle, eh bien! je sauterai le fossé le premier.

Se levant en ce moment, il remplit son verre d'un Bordeaux généreux; et, étendant la main pour obtenir du silence, il engagea toute la compagnie à l'imiter. Quand tous les verres furent pleins, et tous les convives debout:—Mes amis, s'écria-t-il, voici le toast du jour: A l'indépendance de l'Écosse et à la santé de son souverain légitime, le roi Jacques VIII, déjà débarqué dans le Lothian, et, j'espère, en possession de son ancienne capitale.