—Et par quel hasard vous trouvez-vous ici, Hobby? lui demanda
Mareschal.
—En conscience, monsieur Mareschal Wells, je suis venu ici avec une trentaine de bons compagnons du roi, ou de la reine, comme on l'appelle, pour maintenir la paix; pour secourir Elsy au besoin, et pour payer mes dettes à M. Ellieslaw. On m'a donné un fameux déjeuner, il y a quelques jours, et je sais qu'il y était pour quelque chose: hé bien! je suis venu lui servir à souper. Vous n'avez pas besoin de mettre la main sur vos épées: le château est à nous à bon marché. Les portes étaient ouvertes; vos gens avaient bu du punch; nous leur avons ôté leurs armes des mains aussi aisément que nous aurions écossé des pois.
Mareschal sortit précipitamment de la chapelle, et y rentra à l'instant même.
—De par le ciel, sir Frédéric, cela n'est que trop vrai! le château est rempli de gens armés; nos ivrognes sont tous désarmés, nous n'avons d'autre ressource que de nous faire jour l'épée à la main.
—Là, là, dit Hobby, pas de violence! Écoutez-moi un instant: nous ne voulons de mal à personne. Vous êtes en armes pour le roi Jacques, dites-vous? eh bien! quoique nous les portions pour la reine Anne, si vous voulez vous retirer paisiblement, nous ne vous ôterons pas un cheveu de la tête. C'est ce que vous pouvez faire de mieux, car je veux bien vous dire qu'il est arrivé des nouvelles de Londres. L'amiral Bang…Bing…, je ne sais comment on l'appelle…., a empêché la descente des Français: ils ont remmené leur jeune roi, et vous ferez bien de vous contenter de notre vieille Anne, à défaut d'une meilleure.
Ratcliffe, qui rentrait en ce moment dans la chapelle, confirma cette nouvelle si peu favorable aux Jacobites, et sir Frédéric, sans prendre congé de personne, sortit à l'instant du château.
—Et quelles sont vos intentions maintenant, monsieur Mareschal? dit Ratcliffe.
—Ma foi, dit-il en souriant, je n'en sais rien. J'ai le coeur trop fier et une fortune trop médiocre pour suivre notre brave fiancé, ce n'est pas mon caractère; je ne me donnerai pas la peine d'y penser.
—Croyez-moi, dit Ratcliffe, dispersez promptement tous vos gens, calmez l'esprit des mécontents, restez tranquillement chez vous, et, comme il n'y a pas eu d'acte public de rébellion, vous ne serez pas inquiété.
M. Mareschal suivit son avis, et n'eut pas lieu de s'en repentir.