Cette sentence fut exécutée sur-le-champ en présence de Durward, qui, quoique fort contrarié par cet incident, n'intervint pas en faveur d'Hayraddin, parce qu'il prévit que son intercession serait inutile.

La discipline infligée au délinquant fut pourtant, malgré les exhortations du prieur, plus plaisante que formidable. Le Bohémien parcourait la cour en galopant dans tous les sens, au milieu des clameurs de ceux qui le poursuivaient et du bruit des coups dont les uns ne l'atteignaient point, parce que la plupart de ceux qui les lui portaient n'avaient point en effet dessein de l'atteindre, et dont il évitait les autres à force d'agilité, supportant avec courage et résignation le petit nombre qui tombait sur son dos et sur ses épaules. Le désordre était d'autant plus comique et bruyant, qu'Hayraddin passait par les verges de soldats sans expérience, qui, au lieu de flageller le coupable, se frappaient souvent les uns les autres. Enfin le prieur, voulant terminer une scène plus scandaleuse qu'édifiante, ordonna qu'on ouvrît la porte de la cour; et le Bohémien, se précipitant vers cette issue avec la rapidité d'un éclair, profita du clair de lune pour faire ses adieux au couvent.

Pendant ce temps, un soupçon que Durward avait déjà conçu plus d'une fois se représenta à son esprit avec une nouvelle force. Ce jour-là même Hayraddin lui avait promis de se conduire, dans les monastères, d'une manière plus décente et plus réservée que par le passé. Cependant, bien loin d'exécuter cette promesse, il s'était montré et plus impudent et plus désordonné que jamais. Il était donc probable qu'il n'avait pas agi ainsi sans dessein; quels que fussent les défauts du Bohémien, il ne manquait certainement pas de bon sens, et il savait, quand il le voulait, avoir de l'empire sur lui-même. N'était-il pas possible qu'il désirât avoir quelque communication, soit avec des gens de sa horde, soit avec d'autres personnes, et que, la surveillance de Quentin y mettant obstacle pendant le jour, il eût recours à ce stratagème pour se faire chasser cette nuit du couvent.

Dès que ce soupçon fut entré dans l'esprit de Durward, alerte comme il l'était toujours dans tous ses mouvemens, il résolut de suivre le Bohémien flagellé, et de s'assurer, aussi secrètement qu'il le pourrait, de ce qu'il allait devenir. En conséquence, dès que Hayraddin eut passé la porte du couvent, Quentin expliqua très-brièvement au prieur la nécessité où il était de ne pas perdre de vue son guide, et vola comme un trait à sa poursuite.


[CHAPITRE XVII.]

L'Espion épié.

«Quoi! le grossier coquin! l'espion épié!
«Avec ces rustres-là vous n'avez rien à faire?
«éloignez-vous....»
BEN Johnson. Conte de Robin Hood.

LORSQUE Durward sortit du couvent, il put remarquer, grâce au clair de lune, la retraite précipitée du Bohémien fuyant à travers le village avec la rapidité d'un limier qui a senti le fouet; et il le vit ensuite entrer un peu plus loin dans une prairie.

—Mon camarade court vite, se dit Quentin à lui-même, mais il faudrait courir plus vite encore pour échapper au pied le plus agile qui ait jamais foulé les bruyères de Glen-Houlakin.