Ses traits, sans être parfaitement réguliers, étaient agréables et pleins de candeur. Un demi-sourire, qui semblait naître de l'heureuse insouciance de la jeunesse, montrait de temps en temps que ses dents étaient bien rangées, et blanches comme de l'ivoire; ses yeux bleus, brillans et pleins de gaieté, se fixaient sur chaque objet qu'ils rencontraient, avec une expression de bonne humeur, de joyeuse franchise et de bonne résolution.

Le salut du petit nombre de voyageurs qu'il rencontrait sur la route, dans ces temps dangereux, était reçu et rendu par lui suivant le mérite de chacun. Le militaire traîneur, moitié soldat, moitié brigand, mesurait le jeune homme des yeux, comme pour calculer les chances du butin ou d'une résistance déterminée; mais il voyait bientôt dans les regards du jeune voyageur une assurance qui faisait tellement pencher la balance du dernier côté, qu'il renonçait à son projet criminel pour lui dire avec humeur:—Bonjour, camarade!—salut auquel le jeune Écossais répondait d'un ton tout aussi martial quoique moins bourru. Le pèlerin et le frère mendiant répondaient à sa salutation respectueuse par une bénédiction paternelle; et la jeune paysanne aux yeux noirs se retournant pour le regarder quand elle l'avait dépassé de quelques pas, ils échangeaient ensemble un bonjour en souriant. En un mot, il y avait quelque chose en lui qui excitait naturellement l'attention, et il exerçait une attraction véritable, qui prenait sa source dans la réunion d'une franchise intrépide, d'une humeur enjouée, d'un air spirituel, d'un extérieur agréable. Tout son aspect semblait aussi indiquer un jeune homme entré dans le monde sans la moindre crainte des dangers qui en assiègent toutes les avenues, et n'ayant guère pourtant d'autres moyens de lutter contre les obstacles, qu'un esprit plein de vivacité et une bravoure naturelle: or, c'est avec de tels caractères que la jeunesse sympathise le plus volontiers, comme c'est pour ceux-là aussi que la vieillesse et l'expérience éprouvent un intérêt affectueux.

Le jeune homme dont nous venons de faire le portrait avait été aperçu depuis long-temps par les deux individus qui se promenaient le long de la rivière, sur le bord opposé où étaient situés le parc et le château; mais comme il descendait la rive escarpée avec la légèreté d'un daim courant vers une fontaine pour s'y désaltérer, le moins âgé des deux dit à l'autre:

—C'est notre jeune homme, c'est le Bohémien; s'il essaie de passer la rivière, il est perdu: les eaux sont enflées, la rivière n'est pas guéable.

—Qu'il fasse cette découverte lui-même, compère, répondit le plus âgé; il est possible que cela épargne une corde et fasse mentir un proverbe.

—Je ne le reconnais qu'à sa toque bleue, reprit le premier, car je ne puis distinguer sa figure: écoutez! il crie pour nous demander si l'eau est profonde.

—Il n'a qu'à essayer, répliqua l'autre; il n'y a en ce monde rien de tel que l'expérience.

Cependant le jeune homme, voyant qu'on ne lui faisait aucun signe pour le détourner de son intention, et prenant le silence de ceux à qui il s'adressait pour une assurance qu'il ne courait aucun risque, entra dans le ruisseau sans hésiter et sans autre délai que celui qui fut nécessaire pour ôter ses brodequins. Le plus âgé des deux inconnus lui cria au même instant de prendre garde à lui; et se tournant vers son compagnon:

—Par la mort-Dieu, compère, lui dit-il à mi-voix, vous avez fait encore une méprise; ce n'est pas le bavard de Bohémien.

Mais cet avis arriva trop tard pour le jeune homme: ou il ne l'entendit pas, ou il ne put en profiter, car il avait déjà perdu pied; la mort eût été inévitable pour tout homme moins alerte et moins habitué à nager, le ruisseau étant alors aussi profond que rapide.