—Pour qui êtes-vous? lui demanda le bourgeois, le retenant encore.
—Pour la France, répondit Quentin, en cherchant à le quitter.
—Eh! c'est mon jeune archer! s'écria le digne syndic. Puisque j'ai eu le bonheur de trouver mon ami dans cette nuit terrible, je ne le quitterai pas, je vous le promets. Allez où il vous plaira, je vous suis; et si je trouve quelques braves garçons de ma corporation je pourrai peut-être vous aider à mon tour. Mais ils roulent tous de côtés et d'autres comme les pois d'un sac percé. Oh! quelle terrible nuit!
En parlant ainsi, il se traînait appuyé sur le bras de Quentin, qui, sentant combien il lui était important de s'assurer la protection d'un homme d'une telle influence, ralentit le pas, tout en maudissant au fond du cœur le retard que lui occasionnait son compagnon.
Au haut de l'escalier était une antichambre dans laquelle on voyait des caisses et des malles ouvertes, qui paraissaient avoir été pillées, une partie de ce qu'elles avaient contenu étant dispersée sur le plancher. Une lampe, placée sur la cheminée, laissait apercevoir, à la clarté de sa lueur mourante, le corps d'un homme mort ou privé de sentiment, étendu près du foyer.
S'arrachant aux bras de Pavillon, comme un lévrier qui entraîne après lui la laisse par laquelle le retenait un piqueur, Durward s'élança rapidement dans une seconde chambre, puis dans une troisième, qui paraissait être la chambre à coucher des dames de Croye. Il ne s'y trouvait personne. Il appela Isabelle, d'abord à voix basse, ensuite plus haut, enfin avec le cri du désespoir: point de réponse.
Tandis qu'il se tordait les mains, qu'il s'arrachait les cheveux, et que du pied il frappait la terre avec violence, une faible clarté qu'il vit briller à travers une fente de la boiserie, dans un coin obscur de la chambre, lui fit soupçonner une porte secrète communiquant à quelque cabinet. Il l'examina de plus près, et reconnut qu'il ne s'était pas trompé. Il essaya de l'ouvrir, mais ne put y réussir. Enfin, méprisant le danger auquel l'exposait une telle tentative, il s'élança de toute sa force contre la porte, et telle fut l'impétuosité d'un effort inspiré autant par l'espérance que par le désespoir, qu'une serrure et des gonds plus solides n'y auraient pas résisté.
Ce fut ainsi qu'il força l'entrée d'un petit oratoire, où une femme, livrée à toutes les angoisses de l'effroi, offrait ses prières au ciel devant l'image du Créateur. Une nouvelle terreur s'empara d'elle, quand elle entendit briser ainsi la porte de cet appartement, et elle tomba sans mouvement sur le plancher. Quentin courut à elle, la releva à la hâte. Félicité des félicités! c'était celle qu'il cherchait à sauver; c'était la comtesse Isabelle. Il la pressa contre son cœur, la conjura de reprendre ses sens, de se livrer à l'espérance; elle avait près d'elle maintenant un homme dont le courage la défendrait contre une armée entière.
—Est-ce bien vous, Durward? s'écria-t-elle enfin en revenant à elle; j'ai donc encore quelque espoir. Je croyais que tous les amis que j'avais au monde m'avaient abandonnée à mon malheureux destin. Vous ne me quitterez plus?
—Jamais! jamais! s'écria Durward, quoi qu'il puisse arriver, quelques dangers qui puissent approcher: puissé-je perdre le bonheur que nous promet cette sainte image, si je ne partage pas votre destinée jusqu'à ce qu'elle devienne plus heureuse!