—Oui, mon ami, à une prison; mais j'aurai soin que vous ne la partagiez pas.
—Ne parlez pas de moi; ne pensez pas à moi; que je vous voie en sûreté, et peu m'importe ce que je deviendrai ensuite.
—Ne parlez pas si haut, dit Isabelle, vous surprendrez notre guide. Vous voyez qu'il est déjà à quelques pas devant nous.
Dans le fait le bon Flamand, faisant pour les autres ce qu'il aurait désiré qu'on fît pour lui, avait pris l'avance, pour ne pas gêner leur entretien par la présence d'un tiers, dès qu'il avait vu Quentin s'approcher de la comtesse.
—Oui, continua-t-elle quand elle vit que leur guide était trop éloigné pour qu'il pût les entendre, oui, mon ami, mon protecteur, car pourquoi rougirais-je de vous nommer ce que le ciel vous a rendu pour moi? mon devoir est de vous dire que j'ai résolu de retourner dans mon pays natal, et de m'abandonner à la merci du duc de Bourgogne. Ce sont des conseils malavisés, quoique bien intentionnés, qui m'ont déterminée à fuir sa protection pour celle du politique et astucieux Louis de France.
—Et vous êtes donc résolue à devenir l'épouse du comte de Campo Basso, de l'indigne favori de Charles?
Ainsi parlait Quentin en cherchant à cacher sous un air de feinte indifférence l'angoisse secrète qui le déchirait; comme le malheureux criminel, condamné à mort, affecte une fermeté qui est bien loin de son cœur, quand il demande si l'ordre de son exécution est arrivé.
—Non, Durward, non, répondit la comtesse en se redressant sur sa selle; tout le pouvoir du duc de Bourgogne ne suffira pas pour avilir jusqu'à ce point une fille de la maison de Croye. Il peut saisir mes terres et mes fiefs, m'enfermer dans un couvent, mais c'est tout ce que j'ai à craindre de lui; et je souffrirais des maux encore plus grands, avant de consentir à donner ma main à ce Campo Basso.
—Des maux encore plus grands! répéta Quentin; et peut-on avoir à supporter de plus grands maux que la perte de ses biens et de sa liberté? Ah! réfléchissez-y bien, tandis que le ciel permet que vous respiriez encore un air libre, tandis que vous avez près de vous un homme qui hasardera sa vie pour vous conduire en Allemagne, en Angleterre, même en écosse; et dans tous ces pays vous trouverez de généreux protecteurs. Ne renoncez donc pas si promptement à la liberté, au don du ciel le plus précieux! Ah! qu'un poète de mon pays a eu bien raison de dire:
La liberté, noble trésor!
Seule embellit l'existence mortelle;
Au plaisir elle ajoute encor.
On vit heureux et riche en vivant avec elle;
Richesse, bonheur et santé,