Durward soupira; mais quelle autre alternative restait-il? Combien se serait-il trouvé heureux, un instant auparavant, de pouvoir acheter la sûreté d'Isabelle, même à de pires conditions! Ils joignirent bientôt la troupe de Crèvecœur, qui avait fait halte pour reconnaître les schwartzreiters. La comtesse demanda à parler au chef; et le comte la regardant d'un air de doute et d'incertitude:—Noble comte, lui dit-elle, Isabelle de Croye, la fille de votre ancien compagnon d'armes, du comte Reinold de Croye, se rend à vous, et vous demande votre protection pour elle et pour ceux qui l'accompagnent.
—Et vous l'aurez, belle cousine, envers et contre tous, toujours sauf et excepté mon seigneur suzerain le duc de Bourgogne; mais ce n'est pas le moment d'en parler; ces misérables coquins ont fait une halte comme s'ils avaient dessein de disputer le terrain. Par saint George de Bourgogne! ils ont l'insolence d'avancer contre la bannière de Crèvecœur! Quoi! ces brigands ne seront-ils jamais réprimés! Damien, ma lance! Porte-bannière, en avant! Les lances en arrêt! Crèvecœur à la rescousse!
Poussant son cri de guerre, et suivi de ses hommes d'armes, le comte partit au grand galop pour charger les schwartzreiters.
[CHAPITRE XXIV.]
La Prisonnière.[67]
«Qu'on me secoure ou non, je me rends, chevalier;
«Captive, j'en appelle à votre courtoisie.
«Songez que quelque jour la fortune ennemie
«Peut aussi, comme moi, vous rendre prisonnier.»
Anonyme.
L'ESCARMOUCHE entre les schwartzreiters et les hommes, d'armes de Crèvecœur dura à peine cinq minutes, tant les premiers furent promptement mis en déroute par les Bourguignons, qui avaient sur eux la supériorité des armes, des chevaux et de la valeur impétueuse. En moins de temps que nous ne venons de le dire, le comte, essuyant son épée sanglante sur la crinière de son cheval avant de la remettre dans le fourreau, revint sur la lisière de la forêt, où Isabelle était restée spectatrice du combat. Une partie de ses gens le suivaient, tandis que les autres étaient à la poursuite des fuyards.
—C'est une honte, dit-il, que les armes de gentilshommes et de chevaliers soient souillées du sang de ces vils pourceaux.
à ces mots il remit son épée dans le fourreau, et ajouta:—C'est un accueil un peu rude pour votre retour dans votre pays, ma jolie cousine; mais les princesses errantes doivent s'attendre à de pareilles aventures. Il n'est pas malheureux que je sois arrivé à temps; permettez-moi de vous assurer que les troupes noires n'ont pas plus de respect pour la couronne d'une comtesse que pour la coiffe d'une paysanne; et il me semble que vous n'aviez pas une longue résistance à espérer de votre suite.