—Comment? jusqu'à quel point? Je ne suis pas assez sot pour me flatter qu'il me laisse échapper sans rançon; mais qu'elle soit raisonnable. Je suis toujours disposé à écouter la raison, à Péronne aussi-bien qu'à Paris ou au Plessis.
—Mais, si Votre Majesté me permet de le lui dire, la raison, à Paris et au Plessis, avait coutume de parler d'un ton si doux et d'une voix si basse, qu'elle ne pouvait pas toujours obtenir audience de Votre Majesté. Mais à Péronne, elle emprunte la trompe parlante de la nécessité, et sa voix devient bruyante et impérieuse.
—Votre style est trop figuré, dit Louis, incapable de réprimer un mouvement d'humeur. Je suis, un homme tout simple, sire d'Argenton: je vous prie de laisser vos tropes et d'en venir au fait. Qu'attend de moi votre duc?
—Je ne suis pas porteur de propositions, Sire. Le duc vous fera bientôt connaître lui-même son bon plaisir. Cependant il s'en présente à mon esprit quelques-unes auxquelles il est bon que Votre Majesté soit préparée. Par exemple, la cession des villes sur la Somme.
—Je m'y attendais.
—Le désaveu des crimes commis par les Liégeois et Guillaume de la Marck.
—Aussi volontiers que je désavoue l'enfer et Satan.
—Il vous demandera soit des otages, soit quelques forteresses, pour garantie que vous vous abstiendrez désormais d'exciter la rébellion parmi les Flamands.
—C'est quelque chose de nouveau, Philippe, qu'un vassal demande des garanties à son souverain; mais passe encore pour cela.
—Un apanage convenable et indépendant pour votre illustre frère, l'allié et l'ami de mon maître; la Normandie ou la Champagne, par exemple. Le duc aime la maison de votre père, Sire.