—Je ne puis trop vous le dire, répondit Quentin, cependant j'ai assuré son savant astrologue, Martius Galeotti, que je suis déterminé à garder le silence sur tout ce qui pourrait nuire au roi dans l'esprit du duc de Bourgogne. Je vous prie de m'excuser si je n'entre à cet égard dans aucun détail; et vous pouvez bien juger que j'ai été encore bien moins disposé à en donner à l'astrologue.
—Ah! ah! dit lord Crawford, effectivement je me rappelle qu'Olivier m'a dit que Galeotti a prophétisé très-fermement au roi la conduite que vous tiendriez; et je suis charmé de voir qu'il avait pour le faire une meilleure autorité que les astres.
—Lui, prophétiser? s'écria le Balafré en riant; les astres lui ont-ils jamais dit que l'honnête Ludovic aidait une joyeuse commère, au Plessis, à dépenser les beaux ducats que le philosophe lui jette sur son giron?
—Paix donc, Ludovic, lui dit son capitaine; paix donc, brute que tu es. Si tu ne respectes pas mes cheveux gris, parce que je suis moi-même un vieux routier, respecte du moins la jeunesse et l'innocence de ton neveu, et ne nous fais plus entendre de pareilles sottises.
—Votre Honneur a le droit de dire ce que bon lui semble, répondit Ludovic; mais, sur ma foi! la seconde vue de Saunders Souplesaw, savetier à Glen-Houlakin, valait deux fois plus que le talent prophétique de ce Galeotti, Galipotty, ou n'importe quel nom vous lui donniez. Saunders a prédit d'abord que tous les enfans de ma Sœur mourraient un jour; et il a fait cette prédiction à l'instant de la naissance du plus jeune, qui est Quentin que voici: or, Quentin mourra sans doute un jour, pour que la prophétie soit accomplie, et malheureusement elle l'est déjà à peu près, car excepté lui, toute la couvée est partie. Il m'a prédit ensuite à moi-même que je ferais ma fortune par un mariage, ce qui arrivera sans doute aussi en temps convenable, puisque cela n'est pas encore arrivé; mais je ne sais trop ni quand ni comment. Enfin Saunders a prédit...
—à moins que cette prédiction ne vienne singulièrement à propos, Ludovic, dit lord Crawford, je vous prierai de nous en faire grâce; il faut que vous et moi nous laissions à présent votre neveu, en adressant nos prières à Notre-Dame pour qu'elle le confirme dans ses bonnes intentions; car c'est une affaire dans laquelle un seul mot prononcé à la légère pourrait faire plus de mal que tout le parlement de Paris n'en pourrait réparer. Je vous donne ma bénédiction, mon garçon; et ne vous pressez pas tant de songer à quitter notre corps, car il y aura avant peu de bons coups à donner en face du jour, et sans avoir d'embuscades à craindre.
—Je vous donne aussi ma bénédiction, mon neveu, dit Ludovic, car puisque mon noble capitaine est satisfait, je le suis aussi, comme c'est mon devoir.
—Un instant, monseigneur, dit Quentin en tirant à part lord Crawford; je ne dois pas oublier de vous dire qu'il existe encore dans le monde quelqu'un qui a appris de moi des circonstances sur lesquelles la sûreté du roi exige que le secret soit gardé, et qui, n'ayant pas à remplir comme moi un devoir que m'imposent ma place et la reconnaissance, pourrait croire que l'obligation du silence ne s'étend pas sur elle.
—Sur elle! s'écria Crawford; pour le coup, s'il y a une femme dans le secret, que le ciel ait pitié de nous! car nous sommes encore en danger de naufrage.
—Ne le croyez pas, seigneur, répondit Durward; mais employez votre crédit auprès du comte de Crèvecœur pour qu'il me permette d'avoir une entrevue avec la comtesse Isabelle de Croye. C'est elle qui est instruite de mon secret, et je ne doute pas que je ne réussisse à la décider à le garder comme moi-même sur tout ce qui pourrait exciter le ressentiment du duc contre le roi Louis.