—Tout cela s'arrangera aisément par nos ministres, dit le duc; et maintenant nous voici redevenus cousins et amis.
—Rendons-en grâce, dit Louis, à la bonté du ciel, qui, tenant entre ses mains les cœurs des princes, les dispose miséricordieusement à la paix et à la clémence, pour prévenir l'effusion du sang humain.
—Olivier, ajouta Louis en s'adressant à ce favori qui rôdait, toujours autour de lui comme l'esprit familier aux ordres d'un sorcier,—écoute: dis à Tristan d'aller vite en besogne avec ce vagabond de Bohémien.
[CHAPITRE XXXIV.]
L'Exécution.
«Je te conduirai dans le bois,
«Tu prendras un arbre à ton choix.»
Ancienne ballade.
—GRÂCES soient rendues à Dieu, qui nous a donné le pouvoir de rire et de faire rire les autres, et honte au gros lourdaud qui rougirait de remplir les fonctions de fou! Voici une plaisanterie (et ce n'est pas une des meilleures, bien qu'elle ait eu l'avantage d'amuser deux princes) qui a mieux réussi que n'auraient pu le faire mille raisons d'état, pour empêcher une guerre entre la Bourgogne et la France.
Telle fut la conclusion que tira le Glorieux lorsque, par suite de la réconciliation dont nous avons rendu compte à la fin du chapitre précédent, la triple garde qui veillait autour du château de Péronne fut relevée de ce poste. Le roi quitta la Tour du comte Herbert, cette tour de si mauvais augure; et à la grande satisfaction des Français et des Bourguignons, la confiance et l'amitié parurent rétablies, du moins à l'extérieur, entre le duc Charles et son seigneur suzerain. Cependant le roi, quoique traité avec les égards et le cérémonial d'usage, voyait parfaitement qu'il était encore l'objet des soupçons de son puissant vassal; mais il était assez prudent pour ne pas avoir l'air de s'en apercevoir, et il paraissait se regarder comme entièrement libre.
—Néanmoins, comme c'est assez l'ordinaire en pareil cas, tandis que les parties principalement intéressées avaient à peu près transigé sur leurs différends, un des agens subalternes de leurs intrigues éprouvait amèrement combien est vraie cette maxime politique, que si les grands ont souvent besoin de vils instrumens, ils en indemnisent la société en les abandonnant à leur destin dès qu'ils leur deviennent inutiles.