à ces mots, le comte sortit de l'appartement sans prendre autrement congé.

—Suivez-le! suivez-le! s'écria le roi, ramassez son gantelet, et suivez-le! Ce n'est pas à vous que je parle, Dunois, ni à vous, lord Crawford; il me semble que vous êtes un peu vieux pour une affaire aussi chaude; ni à vous, cousin d'Orléans, vous êtes trop jeune pour vous en mêler. Monsieur le cardinal, monsieur l'évêque d'évreux, il appartient à la sainteté de vos fonctions de faire la paix entre les princes; relevez ce gantelet, et allez faire sentir au comte de Crèvecœur le péché qu'il a commis en insultant un grand monarque dans sa propre cour, et en le forçant à attirer les calamités de la guerre sur son royaume et sur celui de son voisin.

Interpellé ainsi personnellement, le cardinal de La Balue alla relever le gantelet avec autant de précaution qu'on en prendrait pour toucher une vipère, tant paraissait grande son aversion pour ce symbole de guerre, et sortit sur-le-champ de l'appartement du roi pour courir après l'envoyé.

Louis promenait ses regards en silence sur le cercle de ses courtisans, dont la plupart, à l'exception de ceux que nous avons déjà nommés, étaient des hommes de basse naissance, qui devaient le haut rang auquel le roi les avait élevés dans sa maison, non à leur courage, ni à leurs exploits, mais à des talens de tout autre genre. Ils se regardaient les uns les autres, et la pâleur de leurs visages prouvait que la scène dont ils venaient d'être témoins avait fait sur eux une impression peu agréable. Louis jeta sur eux un coup d'œil de mépris, et dit à haute voix;—Quoique le comte de Crèvecœur soit présomptueux et arrogant, il faut avouer que le duc de Bourgogne a en lui un serviteur aussi hardi qu'aucun de ceux qu'un prince ait jamais chargé d'un message. Je voudrais savoir où je pourrais en trouver un, aussi fidèle pour envoyer ma réponse.

—Vous faites injure à votre noblesse française, Sire, dit Dunois. Il n'y a pas un de nous qui ne portât un défi au duc de Bourgogne, à la pointe de son épée.

—Et vous n'êtes pas plus juste, Sire, dit le vieux Crawford, à l'égard des gentilshommes Écossais qui ont l'honneur de vous servir. Ni moi, ni aucun de ceux qui servent sous mes ordres, étant de rang convenable, nous n'hésiterions à demander à cet orgueilleux envoyé compte de sa conduite. Mon bras est encore assez vigoureux pour le punir si Votre Majesté m'en accorde la permission.

—Mais Votre Majesté, ajouta Dunois, ne veut nous employer à aucun service qui puisse être honorable pour nous, pour elle et pour la France.

—Dites plutôt, Dunois, répondit le roi, que je ne veux pas céder à cette impétuosité téméraire qui, pour un vain point d'honneur de chevalier errant, vous perdrait vous-même, le trône et la France. Il n'y a pas un de vous qui ne sache combien chaque heure de paix est précieuse en ce moment pour guérir les blessures d'un pays déchiré; et cependant il n'y en a pas un qui ne fut prêt à guerroyer pour le premier conte que ferait une Bohémienne vagabonde, ou quelque demoiselle errante dont la réputation vaut à peine mieux. Mais voici La Balue, et nous espérons qu'il nous apporte des nouvelles plus pacifiques. Eh bien! monsieur le cardinal, avez-vous rendu au comte la raison et le sang-froid?

—Sire, répondit La Balue, ma tâche a été difficile. J'ai demandé à ce fier comte comment il avait osé adresser à Votre Majesté le reproche présomptueux qui a mis fin à son audience, témérité qui devait être attribuée, non à son maître, mais à sa propre insolence, et qui par conséquent le mettait à la discrétion de Votre Majesté, et l'assujettissait à tel châtiment qu'il vous plairait de lui infliger.

—Vous avez bien parlé, dit le roi; et qu'a-t-il répondu?