— Vous, André? voulez-vous donc quitter votre place?

— Je vous ai déjà dit, M. Frank, que je pense depuis longtemps à quitter le château, depuis l'instant que j'y suis entré. Mais à présent j'ai pris mon parti tout de bon: autant plus tôt que plus tard.

— Mais ne risquez-vous pas de perdre vos gages?

— Sans doute il y aura de la perte. Mais j'ai vendu les pommes du vieux verger et j'ai encore l'argent, quoique sir Hildebrand, c'est-à-dire son intendant, m'ait pressé de le lui remettre, comme si c'eût été une mine d'or; et puis j'ai reçu quelque argent pour acheter des semailles, et puis… Enfin cela fera une sorte de compensation. D'ailleurs Votre Honneur fera attention à ma perte et à mon risque quand nous serons à Glascow. Et quand Votre Honneur compte-t-il partir?

— Demain matin, à la pointe du jour.

— C'est un peu prompt! Et où trouverai-je un bidet? Attendez…!
Oui, je sais où trouver la bête qui me convient.

— Ainsi donc, André, demain à cinq heures je vous trouverai au bout de l'avenue.

— Ne craignez rien, M. Frank: que le diable m'emporte, par manière de parler au moins, si je vous manque de parole! Mais si vous voulez suivre mon avis, nous partirons deux heures plus tôt. Je connais les chemins la nuit comme le jour, et j'irais d'ici à Glascow les yeux bandés, par la route la plus courte, sans me tromper une seule fois.

Le grand désir que j'avais de partir me fit adopter l'amendement d'André, et nous convînmes de nous trouver au rendez-vous indiqué le lendemain à trois heures du matin.

Une réflexion se présenta pourtant à l'esprit de mon futur compagnon de voyage.