— Diable, pas du tout! répondit-on vivement: et j'entendis le gardien intérieur se lever avec précipitation. Il eut encore une courte conversation à voix basse avec mon conducteur dans une langue qui m'était inconnue, après quoi j'entendis les verrous s'ouvrir, mais avec des précautions qui indiquaient qu'on craignait qu'ils ne fissent trop de bruit. Enfin, nous nous trouvâmes dans ce qu'on appelait la salle de garde de la prison de Glascow. Un escalier étroit conduisait aux étages supérieurs, et deux autres portes servaient d'entrée dans l'intérieur de la prison. Toutes étaient garnies de gros verrous et de pesantes barres de fer; les murailles en étaient nues, sauf une agréable tapisserie de fers destinés aux prisonniers qu'on y amenait, à laquelle se joignaient des pistolets, des mousquets et autres armes défensives.
Me trouvant ainsi introduit inopinément et comme par fraude dans une des forteresses légales d'Écosse, je ne pus m'empêcher de me rappeler mon aventure du Northumberland, et de frissonner en envisageant les étranges incidents qui, sans que je me fusse rendu coupable, allaient encore m'exposer à une désagréable et dangereuse opposition avec les lois d'un pays que je ne visitais que comme étranger.
Chapitre XXII.
Regarde autour de toi, vois ces sinistres lieux;
C'est ici, jeune Astolphe, où l'homme malheureux,
Dont le seul crime, hélas! fut sa triste indigence,
Vient, demi-mort de faim, attendre sa sentence.
De ces sombres caveaux l'épaisse humidité,
Du flambeau de l'espoir étouffe la clarté:
À sa flamme mourante un fantôme ironique
S'empresse d'allumer sa lampe fantastique,
Afin que la victime, en entr'ouvrant les yeux,
Puisse trouver encor quelque aspect odieux.
La Prison, acte I, scène III.
Dès que je fus entré, je jetai un regard inquiet sur mon conducteur; mais la lampe dans le vestibule répandait trop peu de clarté pour permettre à ma curiosité de distinguer parfaitement ses traits. Comme le geôlier tenait cette lampe à la main, ses rayons portaient directement sur sa figure, que je pus examiner, quoiqu'elle m'intéressât beaucoup moins. C'était une espèce d'animal sauvage, au regard dur, et dont le front et une partie du visage étaient ombragés par de longs cheveux roux. Ses traits étaient animés par une sorte de joie extravagante dont il fut transporté à la vue de mon guide.
Je n'ai jamais rien rencontré qui offrit à mon esprit une image si parfaite d'un hideux sauvage adorant l'idole de sa tribu. Il grimaçait, riait, pleurait même: toute sa physionomie exprimait un aveugle dévouement qu'il serait impossible de peindre. Il ne s'expliqua d'abord que par quelques gestes et des interjections, comme: — Ohi! hai! oui, oui; — Il y a longtemps qu'_elle _ne vous avait vu, — avec d'autres exclamations non moins brèves, exprimées dans la même langue qui avait servi à mon guide et à lui quand ils s'étaient expliqués ensemble sur le seuil de la porte. Mon guide reçut cet hommage avec le sang-froid d'un prince accoutumé aux respects de ses vassaux, et qui croit devoir les en récompenser par quelque marque de bonté. Il tendit la main au porte-clefs, et lui dit: — Comment cela va-t-il, Dougal?
— Ohi! ahi! s'écria Dougal en baissant la voix avec précaution, et en regardant autour de lui d'un air de crainte, est-il possible! Vous voir ici? Vous ici! Et qu'est-ce qu'il arriverait si les baillis venaient faire une ronde, les sales et vilains coquins qu'ils sont?
Mon guide mit un doigt sur sa bouche. — Ne craignez rien, Dougal, vos mains ne tireront jamais un verrou sur moi.
— Ces mains! non, non, jamais! on les lui couperait plutôt toutes deux! Mais quand retournerez-vous là-bas? Vous n'oublierez pas de le lui faire savoir. — _Elle _est votre pauvre cousin seulement au septième degré.[63]